Un travail sous contrôle : représentations de l’employé de bureau du XIXe au XXe siècles

mardi 5 janvier 2016, par Hélène Campaignolle

Thèmes : Travail

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Article initialement publié dans Raison publique, n°15, automne 2011.

La lente prise de contrôle de l’espace social par la bureaucratie ordinaire depuis la Révolution française [1] constitue un thème récurrent dans la littérature française et européenne des XIXe et XXe siècles [2]. Cette dernière s’emploie à la décrire, en marquer les tendances fortes, et dévoile ainsi les modalités d’un type de travail qui inscrit dans la chair du social les structures et les finalités d’un pouvoir en action. La lecture de ce qu’on peut appeler commodément les « récits de bureau [3] » fait émerger des espaces professionnels, des typologies d’employés, des règlements de temps sociaux, des gestes et des rapports hiérarchisés, dont on tentera de dessiner les contours jusqu’à la seconde Guerre mondiale.Dans ces œuvres poétiques et romanesques se reflètent à la fois les principes relativement stables de l’organisation bureaucratique du travail et l’évolution socio-psychologique des employés : s’y dénonce aussi, de manière humoristique ou tragique, le caractère injuste ou absurde de ce type d’organisation pour l’employé qui y travaille. C’est donc à la fois l’histoire d’un artefact social (le travail à l’intérieur de la bureaucratie), d’un personnage (l’employé), et d’un discours littéraire (contestataire) que poursuivra cette étude croisée. On s’apercevra que l’aversion populaire bien connue pour le bureaucrate [4] se double, chez ces écrivains, d’une réflexion critique et sensible plus inattendue sur le dispositif de travail sous-jacent à l’organisation bureaucratique.

Sempé, Des hauts et des bas, 1970, Paris, Folio, p. 17

Images de bureaux : coques et labyrinthes

C. Haroche souligne, à la suite de Foucault, les mécanismes du pouvoir que recèlent « les procédés architecturaux utilisés dans les bâtiments disciplinaires [5]. » On peut observer, depuis le XIXe siècle, que l’espace de production possède de même une dimension disciplinaire concrète : le bureau, qui se présente comme un espace cellulaire, poreux, clos, inclus dans un espace du pouvoir. L’architecture du bâtiment oriente le vécu des corps des employés (la porte, le seuil ; le bureau ; le mur ; les fenêtres ; les éléments du mobilier, l’armoire, etc.), de même que les moyens de production de l’écrit évoluant au gré du temps (table, plumes, encrier, machines dactylographes, à écrire, ordinateurs, téléphones-fax, photocopieurs) [6]. Pour caractériser la vision de l’espace bureaucratique avant 1900, on retiendra d’abord le terme inattendu de « coque » employé par Balzac dans Physiologie de l’employé (1841) : « un employé doit être un homme qui écrit, assis dans un bureau. Le bureau est la coque de l’employé [7] ». On retrouve le terme chez Gaboriau en 1862 dans Les Gens de bureau, et chez Huysmans en 1888 dans « La Retraite de M. Bougran », pour souligner les regrets d’un employé au moment de son départ en retraite : « Il rejoignit le Ministère et rentra dans sa pièce. Là, il faillit s’évanouir et pour tout de bon. Il regardait, ahuri, les larmes aux yeux, cette coque qui l’avait, pendant tant d’années, couvert [8]. » Le sens métaphorique du terme, aujourd’hui désuet, oscille entre « habitat » et « enveloppe protectrice », soulignant le caractère ambivalent de l’artefact bureau au XIXe siècle : c’est encore un lieu bien chauffé l’hiver, « comme dans une chambre où il faut bon [9] », où chacun possède une place pour la vie : « on y serait même très bien s’il n’y avait pas quatre murs », déclare l’employé Croquignole au début du XXe siècle [10]. A partir de la fin du XIXe siècle, se multiplient pourtant les représentations dysphoriques de l’espace bureaucratique, non seulement pour l’usager mais aussi pour l’employé. C’est le cas chez Gaboriau, où la bâtisse du ministère de l’Enregistrement est présentée comme un véritable labyrinthe :

Le garçon de M. Le Campion avait brusquement tourné à gauche, Caldas prit à droite, hâtant le pas pour rejoindre son pilote. Il marcha droit devant lui, enfila le corridor B, descendit l’escalier 3, gagna l’aile nord, et comme il n’avait pas eu la précaution en passant le matin dans le Luxembourg de ramasser des cailloux à l’instar du Petit-Poucet, il se trouva complètement désorienté dans les parages du corridor L. [11]

On retrouve le même motif chez Maupassant, en 1884 à travers l’image du « bâtiment tortueux comme un labyrinthe [12] » ou chez Courteline, en 1891, dans les « épaisses murailles » qui caractérisent la Direction générale des Dons et Legs, ou la « solitude glaciale de ses interminables corridors » et ces « tortueux dédales » dans lesquels se perdent les employés autant que les administrés [13].

Au fil du temps, les représentations littéraires des espaces bureaucratiques glissent ainsi de la peinture en demi-teinte de l’intérieur des bureaux, vers celle des dispositifs et des règlements qui contraignent les modalités de circulation à l’intérieur des bâtiments. Au XXe siècle, ces espaces seront représentés comme mécaniques et inhumains, comme dans le poème pongien « R. C. Seine n° » (1947) :

C’est par un escalier de bois jamais ciré depuis trente ans, dans la poussière des mégots jetés à la porte, au milieu d’un peloton de petits employés à la fois mesquins et sauvages, en chapeau melon, leur valise à soupe à la main, que deux fois par jour commence notre asphyxie. [...] nous approchons à une allure de grains de café de l’engrenage broyeur [...] Cette porte qu’il faut passer n’a qu’un seul gong de chair de la grandeur d’un homme, le surveillant qui l’obstrue à moitié : plutôt que d’un engrenage, il s’agit ici d’un sphincter. [14]

Dans la seconde moitié du XXe siècle, les illustrations qui accompagnent certains récits de bureau évoquent un dispositif dont les espaces révèlent une forte idéologie de contrôle. L’organigramme inventé par Perec en 1967 pour décrire les allers et venues d’un employé qui souhaiterait une augmentation [15] ou le schéma qui représente le « service de Mr Werther » dans le roman de L. Laurent en 2001, instruisent implicitement le procès d’une organisation où les modes de circulations priment sur les agents, les espaces sur les personnes, les facteurs de contraintes sur les initiatives individuelles.

Personnages et employés : portraits-types, contre-modèles

Outre les espaces dans lesquels ils évoluent, les personnages d‘employés sont caractérisés par des classements professionnels et des descriptifs psycho- physiques. Les hiérarchies comprennent différentes catégories professionnelles, variables dans le temps et dans l’espace : le directeur, le chef de service, le chef de bureau, le sous-chef, les rédacteurs, les expéditionnaires, les garçons de bureau, etc. Les types psychologiques, plus universels, évaluent les attitudes dans le travail, les relations entre collègues, ou la capacité intellectuelle : l’employé peut ainsi être décrit comme « zélé », « dilettante », « souffre-douleur », « rebelle », « idiot », etc. L’employé Akaki incarne chez Gogol le type du souffre-douleur : « On ne lui témoignait aucune considération. Loin de se lever sur son passage, les huissiers ne prêtaient pas plus d’attention à son approche qu’au vol d’une mouche. [...] Ses jeunes collègues épuisaient sur lui l’arsenal des plaisanteries en cours dans les bureaux [16]. » Ce type de souffre-douleur est aussi présent chez Melville ou Grillparzer dans « Le Pauvre musicien » (1848) ou, de manière plus comique, chez Monnier ou Maupassant (par exemple, le Père Savon dans la nouvelle « L’Héritage » [17]). "Le garçon de bureau" illustration de M. Trimolet in Physiologie de l'employé (1841), édition Le Castor Astral, 1994, p. 95.

Le modèle du fonctionnaire zélé apparaît lui aussi tôt dans le siècle. Gogol dans sa nouvelle « Le Manteau » (1841) offre le portrait du parfait employé dévoué à l’institution : « On aurait difficilement trouvé un fonctionnaire aussi profondément attaché à son emploi qu’Akaki Akakiévitch. Il s’y adonnait avec zèle : non, c’était trop peu dire, il s’y adonnait avec amour [18]. » Ce type d’employé dévoué est moqué par Robert Walser dans Petite Prose (1919), et inversé en contre-modèle  : « Helbling était un employé de banque zélé, va pour la banque, je la laisse, mais il me faut biffer « zélé ». [...] Non, Helbling n’était pas zélé du tout, au contraire, il était paresseux comme le péché. [...] et sur le point de la ponctualité, c’était grave. Se lever tard était son grand défaut [19]. » Un autre personnage du recueil obéit au modèle extrême de l’employé zélé et craintif : « Quelqu’un qui, à force de scrupules délicats et archidélicats, n’avait pas une minute de tranquillité, quelqu’un qui était malheureux si les choses ne marchaient pas et ne s’emboîtaient pas jusqu’au dernier détail, c’était un fou de l’ordre et de la ponctualité, un fou de l’exactitude et de la précision, quelqu’un qu’on aurait pu envoyer et expédier à la grande école de "l’insouciance" [20]. ».

Le contre-modèle de l’employé « zélé » - insouciant, dilettante et flâneur – est présent dans la littérature de bureau, dès 1841, dans Les Français peints par eux-mêmes  : « Tel est le flâneur qui trouve moyen de travailler une heure par jour [21] ». Il peut être employé supérieur ou subalterne : chez Gaboriau, il prend la figure du « chef qui ne fait rien » et « paraît au bureau tous les deux ou trois jours » [22]. Cet employé dilettante devient un stéréotype dans l’œuvre de Courteline Messieurs les ronds-de-cuir avec le chef dandy M. Nègre, « un de ces flâneurs instinctifs pour qui la vie est un boulevard, fertile en attrayants spectacles. [23] » et l’employé Lahrier qui fait « le mort au moins une fois par semaine sans que l’administration, bonne bête, eût l’air de s’en apercevoir » [24]. On rencontre, enfin, dans la panoplie des personnages employés de bureau, l’ambitieux contrarié tel « Mr. Rafflard » inventé par Gaboriau en 1862 : « Son peu de chance dans l’administration a aigri son humeur ; il avait le caractère difficile en entrant au ministère de l’Équilibre ; il est devenu tout à fait insupportable. C’est la faute d’une gastrite, produit de son ambition rentrée. [25]. »

G. Courteline, 1891, op.cit., illustration de Poulbot, 1908, p.67

Le physique et la posture de l’employé font aussi partie de l’identification du personnage de bureau comme l’illustre Trimolet dans Physiologie de l’Employé de Balzac (1841) [26] ou Poulbot (ci-contre) dans Messieurs les ronds-de-cuir de Courteline (1908) : le profil des corps des employés se ressent de leur vie statique et ils prennent souvent l’apparence molle et ingrate de Prudhomme ou celle, plus sèche, de Pécuchet. Gogol décrit ainsi Akaki en 1843 : « Cet employé ne sortait guère de l’ordinaire : petit, grêlé, rousseau, il avait la vue basse, le front chauve, des rides le long des joues et l’un de ces teints que l’on qualifie d’hémorroïdaux… [27]. » En 1862, Gaboriau invente « M. Edme Le Campion, chef du personnel au ministère de l’Equilibre, [...] homme de taille moyenne, au front chauve, à l’œil vacillant [28]. » En 1881, dans « En Famille », Maupassant décrit Caravan et « son cou graisseux, son bedon tombant entre deux jambes flasques et grasses, toute sa rondeur apoplectique de vieil employé ramolli [...] [29] ». En 1886, Mr Parisse, « fonctionnaire du gouvernement », est décrit comme « un de ces petits hommes à bedaine et à jambes courtes, qui trottent menu dans une culotte toujours trop large » et qui, un peu plus loin, apparaît « mal rasé et mal vêtu, court de pattes et ventru [30]. » Chez Courteline, un des expéditionnaires s’appelle « M. Soupe » et l’autre « M. Letondu », noms qui sont déjà, en eux-mêmes, des condensés descriptifs caricaturaux soulignant les défauts physiques des personnages. Les descriptions d’employés de bureaux oscillent ainsi entre des caractérisations de type fonctionnel et hiérarchique et des descriptions psycho-physiques peu avantageuses mais ce serait simplifier ces œuvres que de réduire la charge à une critique attendue de l’employé-bureaucrate : l’accusation concerne aussi et surtout le dispositif de travail qui éclaire les attitudes mentales et les conformations physiques au sein de l’organisation, notamment via les contraintes dont ce travail fait l’objet.

Temps, règlements, contraintes

L’obligation horaire de la « ponctualité » fait l’objet de douces plaisanteries et de contournements fréquents de la part des employés dans les romans qui précèdent 1850 : chez Balzac ou Monnier, les employés semblent arriver à 10 heures et repartir entre 16 et 17 heures, et font de larges pauses vers 14 heures comme le souligne la planche 7 des Mœurs administratives de Monnier (1828). Entre 1850 et 1900, la période règlementaire du travail dans les organismes d’Etat semble être de 7 heures. A l’époque de Courteline, les employés sont censés arriver à la Direction à 11 heures, c’est du moins ce que tente d’exiger d’un expéditionnaire récalcitrant, le chef de bureau Mr de la Hourmerie dans Messieurs les ronds-de-cuir [31]. Maupassant cite aussi 7 heures de présence nécessaires dans les ministères où il est employé (la Marine, puis l’Instruction). Au tournant du XIXe et du XXe siècle, l’obligation horaire est devenue une réalité plus pesante dans les départements administratifs et la ponctualité, un mot d’ordre européen : l’employé « Helbling » dépeint par Walser en 1917 « devait être au travail à huit heures précises, mais il arrivait toujours au bureau à huit heures dix, huit heures quinze, ou huit heures vingt [32]. » Après la première Guerre, les horaires ont dû encore se durcir, et T. S. Eliott en souffre dans la banque où il travaille, comme en témoigne Ernest Hemingway : « T. S. Eliot [...] devait travailler dans une banque, à Londres, et avait des horaires si pénibles et si peu de temps à consacrer à la poésie [33]. » De 1931 à 1937, Ponge travaille 8 heures par jour comme tous ses collègues employés de bureau : « … huit heures par jour. Le reste de leur temps, ils le dorment, ailleurs, ou s’acheminent [34]. » L’heure du repas de midi est aussi règlementée, comme le souligne le poème de Ponge inspiré par son expérience aux Messageries Hachette : « [...] il est midi : une sonnerie stridente invite à disparaître instantanément de ces lieux [35]. » L’entreprise des Messageries Hachette n’est pas un organisme d’Etat mais elle connaît après la Première Guerre mondiale la même vague de « rationalisation » que nombreux autres organismes : des acteurs-théoriciens (Taylor, Fayol) contribuent à créer des commissions (par exemple, Commission permanente de la standardisation) et des institutions (Le Bureau International du Travail dirigé par Albert Thomas à partir des années 1920 ; L’Agence française de normalisation, créée en 1926), qui essaiment, dans l’immédiat après-guerre, les nouveaux principes du modèle bureaucratique dans tous les secteurs économiques [36]. Ces évolutions du monde du travail permettent de comprendre le socle commun de parcours professionnels et d’inspiration d’auteurs aussi divers que Kafka (qui travaillait dans une compagnie d’assurances sur les risques liés aux accidents du travail), Ponge (Messageries Hachette), Vian (Afnor), et d’autres poètes et romanciers tels que Robert Walser (Banque cantonale zurichoise) ou T. S. Eliott (Lloyds’ Bank à Londres).

Mais les contraintes de temps ont un impact au-delà de l’espace de bureau : la vie entière de l’employé est rapidement atteinte de la maladie de la répétition et de la routine. Le motif de l’ennui qui apparaît chez Balzac se prolonge jusqu’à la fin du siècle comme un seul et continu lamento. En 1837, Balzac, dans Les Employés, décrit « l’apathique abattement de l’employé dompté par l’ennui des bureaux, vaincu par la plus détestable de toutes les misères, par une médiocrité qui permet de vivre [...] [37]. » En 1841, on lit dans Les Français vus par eux-mêmes : « Telles sont les fonctions de l’employé pendant six heures par jour et pendant six jours de la semaine. Vient le dimanche. Ce jour-là, l’employé dort voluptueusement jusqu’à dix heures, et fait sa barbe beaucoup plus tard que de coutume [38]. » En 1883, dans une chronique, Maupassant résume en quelques mots moins plaisants la vie de l’employé : « On se retire aux environs de Paris, dans un village à dépotoirs, où l’on meurt presque tout de suite de la brusque rupture de cette longue et acharnée habitude du bureau quotidien, des mêmes mouvements, des mêmes actions, des mêmes besognes aux mêmes heures [39]. » La répétition stylistique manifeste ici un vide autant événementiel qu’existentiel. On retrouve les mêmes motifs chez Huysmans dont l’employé Bougran éprouve « l’ennui d’un travail mécanique, forcé [40] » et accuse cette « existence de cul-de-jatte » devenue, pourtant, le seul mode de vie envisageable :

Comment rompre, du jour au lendemain, avec cette habitude d’un bureau vous enfermant dans une pièce toujours la même, pendant d’identiques heures, avec cette coutume d’une conversation échangée, chaque matin, entre collègues. [...] ce manque même d’imprévu était en si parfait accord avec la monotonie des visages, la platitude des plaisanteries, l’uniformité même des pièces ! [41]

« Ah que n’eussiez-vous pas souhaité contre l’ennui ! Vous écriviez parfois, d’un geste mou et qui ne savait pas vaincre le temps », déplore l’employé-narrateur de Croquignole (1906). A cette désespérante monotonie s’ajoutent à la fin du XIXe siècle les trajets pendulaires pour les employés rejetés en banlieue : « [...] et, chaque soir, je prenais le train des bureaucrates, ce long train, lent, qui va, déposant de gare en gare, une foule d’hommes à petits paquets, bedonnants et lourds, car ils ne marchent guère, et mal culottés car la chaise administrative déforme les pantalons [42]. » « On décèle peut-être ce qui est en jeu dans les tristes histoires qui viennent d’être racontées. Le monde moderne, l’enfermement dans la ville blafarde, dans un bureau poussiéreux, dans une tâche répétitive et inhumaine, dans un corps souffrant – tout cela peut faire l’objet de caricatures, mais la caricature touche à l’écorché [43]. » Pourtant, le XXe siècle voit s’accentuer encore le désarroi et la misère de l’employé de bureau [44]. Toute une mécanique se met en place au début du XXe siècle dont Kafka pressent l’avenir totalitaire dans les romans qu’il rédige entre 1914 et 1922, Le Château, Le Procès. « Qu’est-ce en effet que ce Château, avec ses étranges dossiers, son indéchiffrable hiérarchie de fonctionnaires, ses caprices, des ruses, son exigence de respect absolu d’une obéissance aveugle [45] ? » On comprend que surgissent entre le début du siècle et les années trente des réactions d’intellectuels, de philosophes et d’écrivains contre la bureaucratie et la vision de la société et de la vie qu’elle incarne (Kraus [46], Alain [47]), contre le travail comme valeur unique (Kracauer, Les Employés, 1929 ; Russell, Eloge du loisir, 1932 ; Morand, Eloge du repos, 1937). En pleine fête de l’après-guerre, T. S. Eliot souffre d’une vie de bureau qui l’asphyxie. Ponge plonge, au cours des années vingt, dans le même engrenage, et Kafka exprime par la voix éteinte de Joséphine la cantatrice l’impossibilité de chanter pour celui qui travaille : « Depuis bien longtemps déjà, peut-être bien depuis le début de sa carrière de chanteresse et en considération de son chant, Joséphine bataille pour être dispensée de tout travail [...] Mais notre peuple, quant à lui, en tire des conclusions différentes et repousse calmement cette exigence [48]... ». Les récits bureaucratiques qui surgiront vingt ans après, à l’ombre de la guerre et des totalitarismes, uniront leur voix pour dénoncer un système d’organisation développé au tournant du XIXe et du XXe siècle et conceptualisé et règlementé dans les années vingt : Vian, Vercoquin et le plancton (1947), Orwell, 1984 (1948), Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (1955), Le Gaffeur de Jean Malaquais (1957) ne s’inspirent plus des conditions encore plaisamment narrées par Monnier, Balzac ou Courteline, que Gide relit d’ailleurs avec agacement à l’orée de la Seconde Guerre mondiale [49]. Ces auteurs qui ont lu pour certains Friedmann (c’est sans doute le cas de Jean Malaquais qui a rencontré le sociologue par le biais de Gide [50]), pour d’autres Burnham (c’est le cas de Koestler et d’Orwell), interrogent une organisation ancrée dans toutes les pores de la société européenne, et qui a transformé une logique de travail supposément rationnelle en règne de l’absurde.

Gestes, relations, ordres

Les gestes professionnels apparaissent aussi comme un élément cardinal de la représentation de l’employé de bureau. M. Pêcheux souligne à propos des « greffiers », « gratte papier », et « grouillots » « les gestes inlassablement répétés (de copie, de transcription, extraction, classement, indexage, codage, etc.) qui constituent [...] une lecture imposant au sujet-lecteur de s’effacer derrière l’institution qui l’emploie [51]. » Le caractère répétitif des gestes d’écrire règne en effet sur le « vécu scriptural » de l’employé-scribe [52] comme le souligne la nouvelle de Melville à travers le personnage de Bartleby : « C’est, il va sans dire, une part indispensable du travail du scribe que de vérifier mot à mot l’exactitude de sa copie. [...] C’est une besogne ennuyeuse, monotone et soporifique. J’imagine aisément qu’elle puisse être absolument intolérable [53]. » Huysmans, dans A vau l’eau (1882), raconte en quelque mots la vie de Folantin expéditionnaire de ministère qui « copia, recopia, pendant des années, des monceaux de dépêches, traça d’innombrables barres de jonction, bâtit des masses d’états, répéta des milliers de fois les invariables salutations des protocoles [54]. ». Ces gestes liés à des pratiques spécifiques de manipulation des textes et documents, et intégrés dans une vie marquée du sceau de la répétition, déterminent les représentations des employés sur leur travail et leur autonomie : « Leur fonction essentielle est de traiter, de gérer, de diffuser de l’information. [...] Les employés manipulent des piles de fiches, des montagnes de règlements, des tas de bordeaux, des cartons de coupons ; ils découpent, ils scotchent, collent ; ils éclatent des tas, sortent des dossiers, redescendent des cartons [55]. » Ces usages standardisés, encadrés et contrôlés prédisposent à la longue à l’absence d’initiative. Le personnage d’Akika reconnaît sa propre incapacité à aller au-delà de la simple copie du texte :

Désireux de récompenser ses longs états de service, un brave homme de directeur lui confia un beau jour une besogne plus importante que ses travaux de copie habituels. [...] tout le travail consistait à changer le titre général et à faire passer quelques verbes à la troisième personne. Cette tâche parut si ardue à Akaki Akakiévitch que le malheureux tout en nage se frotta le front et finit par dire : « Non, décidément, donnez-moi quelque chose à copier » [56].

L’employé Bartleby choisit pour devise personnelle : « I’d prefer not to », devise dans laquelle se reconnaîtra cinquante ans plus tard l’employé du poème « Au bureau » de Robert Walser : « Le manque est mon destin [57]. » Le personnage de M. Bougran, digne héritier de Bouvard et Pécuchet, en 1888, tente l’aventure de la rédaction de lettre dont il ne se relèvera pas : « Sur le bureau, dans la pièce maintenant déserte, s’étalait la feuille de papier sur laquelle M. Bougran avait, en hâte, se sentant mourir, griffonné les dernières lignes de son pourvoi : « Pour ces motifs, je ne puis, Monsieur le président, qu’émettre un avis défavorable sur la suite à donner au recours formé par M. un tel » [58]. ». Dans sa « Petite Prose » (1917), Walser décrit un employé qui se glorifie d’avoir réussi à avoir écrit une lettre : « Après l’avoir écrite jusqu’au bout, c’est-à-dire entièrement, il regarda la lettre de travers, car une fois de plus, il n’en croyait pas ses yeux et il était loin de croire qu’il avait écrit une lettre [59]. » Enfin, la fable intitulée « Basta » répercute la philosophie craintive d’un employé qui, non seulement s’abstient d’agir (comme Bartleby) ou même d’écrire (comme Akika), mais aussi de réfléchir : « Un bon citoyen ne doit inspirer ni crainte ni soupçon ; beaucoup réfléchir n’est pas son affaire. Qui réfléchit beaucoup se rend désagréable. Mieux vaut ronfler et dormir que produire de la poésie et réfléchir [60]. » Le travail de l’employé tel qu’il apparaît dans ces œuvres souffre donc non seulement de l’espace cloisonné de l’institution, de la réitération de gestes et de tâches monotones, mais aussi de l’absence d’initiative que conditionnent les contraintes imposées par le dispositif hiérarchique. Car l’univers bureaucratique et le travail de l’employé de bureau sont caractérisés par la distinction de positions asymétriques de pouvoir : « Dans un système hiérarchique, un individu n’admet qu’un seul voisin actif, son supérieur hiérarchique [...] Les canaux de transmission sont préétablis : l’arborescence pré-existe à l’individu qui s’y intègre à une place précise [61]. » Gogol, dès 1842, souligne le caractère inégalitaire des hiérarchies fonctionnelles, les rapports de violence psychologique qui en découlent ainsi que les répercussions néfastes sur les individus qui s’y « reconnaissent » :

Il faut dire que ledit personnage n’était devenu important que depuis peu : du reste, par rapport à d’autres plus considérables, la place qu’il occupait n’était pas tenue pour bien importante. Mais il se trouve toujours des gens pour attacher de l’importance à des choses qui n’en ont aucune. Lui-même, d’ailleurs, avait grand soin de souligner son importance par les moyens les plus divers : quand il arrivait à son bureau, le petit personnage était tenu de se porter en corps à sa rencontre ; on ne pouvait s’adresser à lui autrement que par la voie hiérarchique [...]. [62]

Sur le plan des échanges verbaux, l’ordre, sous forme explicite ou implicite, verbale ou gestuelle (voir illustration ci-contre) caractérise l’univers bureaucratique et pèse sur l’employé : c’est le cas pour Akaki que « ses supérieurs […] traitaient avec une froideur despotique. Le premier sous-chef venu lui jetait des paperasses sous le nez sans même prendre la peine de dire : « Ayez l’obligeance de copier ça », ou : « Voilà un petit dossier fameux », ainsi qu’il se pratique entre bureaucrates bien élevés. [63]. »

Illustration de Poulbot pour Courteline, 1908, op. cit, p. 12.

Même écho, en 1882, pour les employés décrits dans A vau l’eau, recevant des ordres expéditifs : « Tenez, messieurs, copiez cela, tout de suite » [64]. La situation de l’employé consiste finalement, dans Croquignole, à obéir au « signal » du chef, « naturellement comme un liquide que l’on pompe » [65]. En 1917, Robert Walser produit un petit poème éloquent intitulé « Au bureau » : « La lune jette sur nous un regard, / elle me voit pauvre commis/ dépérir sous l’œil sévère/ de mon chef. ». Ponge, en 1947, souligne une séparation entre « chefs de bureau » et « autres » employés au moment de la pause : « C’est alors que les chefs de service prennent vraiment conscience de leur supériorité : « Turba ruit ou ruunt » ; eux, à une allure de prêtres, laissant passer le galop des moines et moinillons de tous ordres, visitent lentement leur domaine, entouré par privilège de vitrages dépolis, dans un décor où les vertus embaumantes sont la morgue, le mauvais goût et la délation [...] ».

Christian Zeimert, Uburen, 1987

Le XIXe siècle donne ainsi l’image ambivalente d’un employé de bureau bien installé dans sa « coque », même si le bureau est de plus en plus caractérisé comme un espace de contrôle qui condamne les employés à l’ennui d’une existence morne et répétitive. Dépossédé de lui-même dès le prophétique Bartleby the scrivener en 1848, l’employé de bureau semble suivre au cours du siècle la longue pente de la prolétarisation, la littérature mettant en scène des personnages aux prises avec une institution dont les règles, les contraintes et l’influence semblent se développer à raison contraire de l’épanouissement des individus. Au début du XXe siècle, les œuvres de Kafka comme celles de Walser décrivent la montée en puissance de ce modèle de travail qui mine l’individu et son autonomie. Les textes lyriques de Ponge et de T. S. Eliot donnent voix à ces hommes ténus, « pâles à force de componction » qui comptabilisent les jours en attendant l’heure de midi ou du retour, le dimanche et la retraite. Le personnage d’Eric inventé par Robert Walser en 1917 incarne, de manière emblématique, cet employé fantomal dont le manque essentiel est celui du bonheur de vivre : « A son bureau, il appuyait souvent la tête sur sa main et rêvait de vivre une histoire, mais rien ne voulait se passer qui ne fût banal [66]. »

Après la première Guerre mondiale, le « temps des organisateurs » venu, les contraintes horaires, les règlementations et les principes théoriques, renforcés, de l’organisation bureaucratique, qui réclament une « nouvelle rationalisation » essaiment dans le monde économique industriel, bancaire, public et privé. La montée des totalitarismes appuiera l’hybridation de cette forme d’organisation du travail segmentée, hiérarchisée et de pouvoirs politiques autoritaires. Les romans bureaucratiques qui paraissent après la Seconde Guerre mondiale en porteront la trace dénonciatrice parfois comique et distanciée (Vian, Malaquais, Perec) parfois tragique et science-fictionnelle (Orwell, Ray Bradbury), en consonance avec les ouvrages politico-apocalyptiques de Mizzi ou Burnham. Dans la seconde moitié du XXe siècle, l’habitude sera prise de dénoncer les organisations bureaucratiques par des scénarios d’investigation ou d’espionnage comico-tragiques, sans que le modèle ubuesque de l’organisation bureaucratique du travail trouve de voie alternative.

Les auteurs du XXe siècle ont d’ailleurs bien senti le statut quasi-mythologique d’un artefact qui se survit à lui-même au-delà de toutes ses métamorphoses : « l’administration prouve sa puissance surnaturelle par son invulnérabilité au temps », affirme Zweig en 1926 [67] ; N. Mailer lui fait écho en 2001 après relecture du roman Le Gaffeur qui décrit en 1953 l’avenir prospère d’une bureaucratie « hors du temps car elle plonge ses racines aussi bien dans la paperasserie du XIXe siècle (songeons au rond de cuir français) et se prolonge dans un imaginaire technologique encore impossible à concevoir [68] ». Comme semble l’indiquer la statue d’Ubu juchée sur l’une des colonnes de Buren au pied du Conseil d’Etat, le travail bureaucratique et ses différentes caractéristiques (ordre, hiérarchie, espaces caractérisés par la clôture, faible marge manœuvre des acteurs et des individus) est loin d’avoir vécu sa « fin de partie » à l’aube du XXIe siècle. Entre plainte tragique et critique mordante, la littérature qui s’intéresse à l’employé de bureau poursuit l’inlassable tâche de dire, décrire et dédire une organisation dont les principes lui renvoient l’image d’un travail inscrit sous contrôle.

par Hélène Campaignolle

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Notes

[1] G. Thuillier, J. Tulard, Histoire de l’administration française, Paris, PUF, Que sais-je ?, 1984, p. 6 et 14 note 7.

[2] Sur ce thème, voir A. Vida « Quand le démon d’écrire …. l’administration et la littérature », Cahiers de la Fonction publique, n° spécial, 2004 ; S. Thorel-Cailleteau. « La figure de l’employé de bureau », Travailler, 2002/1, n°7, p. 77-88 ; P. Gerbod, « Le fonctionnaire dans la littérature du XIXe au XXe siècle », La Revue administrative, n°310, juill.-août 1999, p. 345-357 ; A.-M. Bijaoui-Baron, « Le thème bureaucratique chez Flaubert et Maupassant » in Flaubert et Maupassant, Écrivains normands, Paris, PUF, 1981.

[3] Une étude des « récits de bureau » au XIXe s. est proposée dans « Un genre ordinaire : écrire sur la bureaucratie de Balzac à Huysmans », revue Méthode  !, « L’art de l’ordinaire », ss dir. M. Braud, à paraître.

[4] J. Sallois, « La bureaucratie : les mangeurs de bureaucrates », in L’administration, Paris, Hachette, 1974, p. 63.

[5] C. Haroche, Faire dire, vouloir dire, Lille, Presses universitaires de Lille, 1984.

[6] D. Gardey, La Dactylographe et l’expéditionnaire, Histoire des employés de bureau, 1890-1930, Paris, Belin, 2001.

[7] H. de Balzac, H. de. Physiologie de l’Employé, vignettes par M. Trimolet, Paris, Le Castor Astral, 1994, p. 19.

[8] J.-K. Huysmans, « La Retraite de Monsieur Bougran » in Nouvelles, Paris, GF Flammarion, 2007, p. 212.

[9] C.-L. Philippe, Croquignole (1906), Paris, Bibliothèque Charpentier, 1930, p. 6.

[10] Ibid., p. 261.

[11] E. Gaboriau, Les Gens de bureau, (1862), Édition Ebooks. 26/05/2004, consulté en mai 2011, p. 19.

[12] G. de Maupassant, « L’Héritage » (1884), notes de P. Assouline, Bruxelles, A. Versailles éditeur, 2009, p. 15.

[13] G. Courteline, Messieurs les ronds-de-cuir (1891), Calmann-Levy, illustrations de Poulbot, 1908, p. 9 et 17.

[14] F. Ponge, « RC Seine N° », in Le Parti pris des choses (1947), Paris, Gallimard, 1967, p. 67.

[15] G. Perec, « L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation », Paris, Hachette Littératures, 2008.

[16] N. Gogol, Le Manteau (1842), traduit du russe par Henri Mongault, in Le Nez, Le Manteau, Folio plus classiques, Gallimard, 2010, p. 52.

[17] G. Maupassant, « L’Héritage » (1884), op. cit, p. 15.

[18] N. Gogol, Le Manteau, op.cit., p. 53.

[19] R. Walser, R. Petite Prose., 1917, Paris, Editions Zoé, 2009, p. 55.

[20] ibid., p. 37.

[21] Collectif, Les Français peints par eux-mêmes, Encyclopédie morale du 19e s. Paris. L. Curmer, 1841, p. 427.

[22] E. Gaboriau, op.cit., p. 132.

[23] G. Courteline, p. 94.

[24] ibid., p. 9

[25] E. Gaboriau, op.cit., p. 38.

[26] H. de Balzac, Physiologie de l’Employé, op.cit., p. 19.

[27] N. Gogol, op. cit. p. 49.

[28] E. Gaboriau, op. cit., p. 13.

[29] G. de Maupassant, « En Famille », in La Maison Tellier, Paris, Livre de Poche, 1983, p. 91.

[30] G. de Maupassant, « Madame Parisse » (1886) in La Petite Roque, Paris, Livre de Poche, 2001, p. 134.

[31] G. Courteline, op. cit.

[32] R. Walser, R. op. cit., p. 55.

[33] E. Hemingway, Paris est une fête (A moveable feast, 1964), Paris, Gallimard, 1964, p. 127.

[34] F. Ponge, cité in Francis Ponge, par J.-M. Gleize, Paris, Les Contemporains, Le Seuil, 1988, p. 82.

[35] F. Ponge, « R.C. Seine N° », in Le Parti pris des choses (1942), Paris, Gallimard, 1967.

[36] B. Girard, Histoire des théories du management en France du début de la révolution industrielle au lendemain de la première guerre mondiale. Consultable à : http://www.bernardgirard.com/Manage....

[37] H. de Balzac, Les Employés (1837), Paris, Bibliothèque de la Pléaide, Gallimard, 1977, p. 917.

[38] Collectif, Les Français vus par eux-mêmes, op. cit., p. 422.

[39] G. de Maupassant, « Le prolétariat administratif » in Le Gaulois, 4 janvier 1882.

[40] J.-K. Huysmans, « La Retraite de Monsieur Bougran », op. cit., p. 217.

[41] Ibid., p. 211.

[42] G. de Maupassant, « Le Colporteur » (1893) in Le Père Milon et autres nouvelles (1899), Folio Classique, 2003, p. 160.

[43] S. Thorel-Cailleteau, « La figure de l’employé de bureau », op.cit., p. 77-88

[44] S. Kracauer, Les Employés, (1929), trad. C. Orsini, éd. de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2004.

[45] M. Brod, Notes (1946) in Kafka, Le Château, Folio, traduit par A. Vialatte, Gallimard, 1989, p. 517.

[46] K. Kraus, Dits et contredits (1909), Paris, Editions Ivrea, 1993, p. 70 : « Je ne dors jamais l’après-midi. Sauf si, le matin, j’avais à faire dans une administration autrichienne. »

[47] Alain, Propos d’Economiques, Nrf, 1934, p. 44 : « L’administration est semblable à une raison mécanique. Tout y est sans reproche, et tout y est inhumain (29 septembre 1928). »

[48] F. Kafka, « Joséphine la chanteresse ou le peuple des souris » in La colonie pénitentiaire et autres récits, traduits de l’allemand par C. Billmann et J. Cellard, Babel, 1998, p. 181.

[49] A. Gide, Journal, 28 juillet 1940.

[50] Correspondance André Gide-Jean Malaquais, 1935-1950, Paris, Phébus, 2005, p. 44.

[51] M. Pêcheux, « Lire l’archive aujourd’hui » in Archives et documents de la Société d’Histoire et d’Epistémologie des Sciences du Langage/2 1982, p. 38.

[52] H. Boyer, « Quelques considérations socio-pragmatiques sur l’écrit institutionnel » in Mélanges offerts à Jean Peytard, Annales Littéraires de l’Université de Besançon, Paris, Les Belles Lettres, 1993, p. 383-399.

[53] H. Melville, Bartleby le scribe (Bartleby the scrivener, 1853), Paris, Folio Gallimard, 1996, p. 24.

[54] J.-K. Huysmans, A vau l’eau, in Nouvelles, Paris, GF Flammarion, 2007, p. 93.

[55] E. Dugué, « Les employés de bureau : un monde en changement », Education permanente, Mars 1991, p. 12.

[56] N. Gogol, op. cit., p. 53-54.

[57] R. Walser, R. Au Bureau, Poèmes de 1909 (écrits en 1898), Genève, éditions Zoé, 2009, p. 7.

[58] J.-K. Huysmans, « La Retraite de Monsieur Bougran », op.cit., p. 227.

[59] R. Walser, R. op. cit., p.33-34.

[60] R. Walser, R. op. cit., p. 66.

[61] G. Deleuze, et F. Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2. Mille plateaux, Paris, Editions de Minuit, 1980.

[62] N. Gogol, op.cit., p. 79.

[63] N. Gogol, op.cit., p. 51.

[64] J.-K. Huysmans, J.-K., A vau l’Eau, op.cit.

[65] C.-L. Philippe, op.cit., p. 9.

[66] R. Walser, La Rose, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, Paris, L’imaginaire Gallimard, 1987.

[67] Cité par V. Azimi, « Quand le démon d’écrire … », op.cit., p. 17 (S. Zweig, Ivresse de la métamorphose, Paris, trad. fr. 1984, p. 11-12)

[68] N. Mailer, Préface à Jean Malaquais, op. cit., p. 20.

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