L’école de la fiction : formation, formatage et déformation dans la littérature de jeunesse contemporaine

samedi 18 avril 2015, par Laurent Bazin

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La littérature d’enfance et de jeunesse se construit dans l’articulation dialectique de deux finalités distinctes, mais non incompatibles : l’évasion, autrement dit la capacité de faire rêver un public encore éminemment sensible à la fonction ludique des histoires, et l’éducation, soit la transmission de valeurs ou de codes censés contribuer à la formation de ce même public perçu cette fois dans le processus de sa maturation. Cette interaction entre distraction et didactisation, que la Grèce antique vivait sur le mode d’une harmonieuse complémentarité (la skholè est à la fois le temps du loisir et de l’étude), est aujourd’hui perçue de façon souvent antagoniste, au point que les temporalités « administratives » de l’enfant (scolaire, périscolaire et hors temps scolaire) renvoient à des modalités distinctes de la personne : l’élève, auquel correspond un ministère, et le jeune, qui dépend d’un autre. La littérature de jeunesse, elle, tente modestement de jouer sur les deux tableaux, comme le rappelle avec humour l’intitulé éditorial de L’École des loisirs.

La combinatoire entre divertissement et édification constitue ainsi le principe structurant du genre, qu’on peut représenter sous la forme d’un spectre conjuguant les deux dimensions avec des pondérations différentes selon les types de publication, les intentions auctoriales ou les motivations éditoriales. C’est le cas en particulier de la Fantasy, qui mêle harmonieusement l’évasion dans l’imaginaire (dans la mesure où son univers diégétique se situe dans l’ailleurs des mondes possibles et des univers parallèles 1) et le principe d’apprentissage (puisque son schème narratif constituant est celui de l’initiation et qu’en conséquence la trajectoire des personnages romanesques est organiquement liée à un parcours de formation). C’est tout aussi fréquent en science-fiction, notamment dans le domaine de l’utopie et/ou de la contre-utopie dont les soubassements axiologiques puissants se prêtent tout particulièrement à des effets de surdétermination idéologique. On s’intéressera ici à une forme très particulière, et d’autant plus significative, de cette interpénétration entre formation et fiction en analysant le jeu spéculaire qui conduit de nombreux récits de jeunesse contemporains à inscrire la fonction éducative (dans son principe théorique comme dans ses modalités de fonctionnement) en abyme de leur narration.

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par Laurent Bazin

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