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Les écuries d’Augias : mythe de la performance et déni de vulnérabilité

samedi 9 novembre 2013, par Pascale Molinier

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Cet investissement total [dans le travail] s’accompagne, depuis les années 1980, d’une nouvelle priorité donnée au sein des organisations : la recherche de la « surperformance ». […] L’individu ne doit plus simplement être bon, il doit être en permanence « motivé ». En d’autres termes : on ne lui demande pas de faire son travail, mais de faire plus, de faire mieux... et avec le sourire. En témoigne, dans la fixation des objectifs, la majoration automatique des résultats de l’année précédente, qui a pour premier effet de transformer la réussite passée en potentielle source d’échec. […] Cette culture de l’excellence se traduit d’ailleurs chez de nombreux cadres par un surinvestissement entraînant de leur part un déni des problèmes de stress au travail car ils ne prennent plus de recul [1].

Des éthiques du care, on s’attend à ce qu’elles interviennent dans le renouveau de la pensée morale [2] ou dans la réflexion sur le travail du care, sa dévalorisation, ses crises, ses migrations [3]. Dans cet article, je voudrais prolonger sous un aspect sensiblement différent la puissance critique du care du point de vue des évolutions du travail. Nous savons que la perspective du care, comme orientation pratique et théorique centrée sur le souci des autres [4], met en avant nos vulnérabilités et nos interdépendances, non comme des failles ou des formes de déviance, mais comme étant constitutives de la vie humaine, laquelle est inscrite dans un corps qui connaît l’incapacité, l’inconfort, la maladie, le vieillissement, la mort. L’être humain est un être affecté, angoissé, dont la cohésion ou l’équilibre mental reste précaire tout au long de la vie. Nul n’est jamais à l’abri d’une défaillance, voire d’un effondrement ou d’une crise. Personne ne peut jurer échapper pour toujours à la folie ou à la dépression. D’où l’importance capitale que revêt le travail de care, c’est-à-dire l’ensemble des activités orientées vers la réponse aux besoins matériels ou psychologiques d’autres qui, bien qu’ils soient catégorisés ou non comme « dépendants », ne sont jamais complètement autosuffisants, ni définitivement rassurés sur ce qu’ils sont, ce qu’ils font ou sur ce qu’il leur advient.

Fondé sur les impératifs de l’excellence, de la performance et de la compétitivité, le modèle de l’être humain au travail qui prévaut actuellement est aux antipodes et ce bien que la vulnérabilité ait fait récemment retour sous la forme cataclysmique des suicides liés au travail [5]. Ceux-ci ont apporté une note dramatique à la critique des modes capitalistes d’organisation du travail et déplacé les figures du « travail aliéné », autrefois celles du prolétariat, du côté des « cadres surinvestis ». Si l’on peut s’interroger à bon droit sur le sens politique d’un tel déplacement (et ce qu’il laisse de côté), il convient aussi de se demander si ces drames, ainsi que les analyses ou les rhétoriques qui tentent de les arraisonner, sont en mesure d’offrir les ressources tant conceptuelles que politiques pour renverser le modèle de la performance et son illusion délétère. Il est notable qu’en dépit de leur engouement concomitant pour le thème de la souffrance au travail, dont atteste l’extrait de rapport cité en exergue, les élus de droite se gardent bien d’ouvrir la boîte noire du travail (ce que les gens font vraiment et qui pourrait les pousser à bout) et contournent tout ce qui, d’une anthropologie des vulnérabilités, viendrait déstabiliser les fondements patriarcaux de la « culture de l’excellence ». Par défaut, la souffrance des cadres est attribuée à un simple manque de « recul » (voir exergue) dont le dépistage et le traitement risquent, sous un nouvel emballage plus « tendance », de n’aller guère au-delà des méthodes bien connues de la « gestion du stress » où chacun est renvoyé au perfectionnement de son hygiène de vie, tandis que la compétition se poursuit avec son cortège de pertes et de profits.

La perspective du care offre-t-elle d’autres ressources pour critiquer le modèle de l’Homme performant ? Que signifie adopter une éthique féministe pour analyser les évolutions du monde du travail aujourd’hui ? Comment penser la « normalité » au travail à partir de l’expérience des personnes qui incarnent la vulnérabilité et/ou ont l’expérience de l’étayer ? Quelles en sont les incidences théoriques, notamment en ce qui concerne le rôle de la reconnaissance du travail dans la préservation de la santé ? Peut-on politiser les savoirs fondés dans l’expérience du care ? Ces questions impliquent tout d’abord de poser quelques jalons théoriques pour introduire la dimension du genre dans l’analyse de la division du travail.

TRAVAIL, SANTÉ ET RECONNAISSANCE SOUS LE PRISME DU GENRE

Le genre désigne un rapport inégal entre deux parties [6] ; en l’occurrence entre les activités exercées en majorité par des femmes ou par des hommes. Les deux versants de la division sexuelle du travail tant productif que reproductif sont interdépendants ; aussi doivent-ils être pensés ensemble. Interroger la souffrance au travail dans une perspective de genre signifie ainsi mettre en place une grille de lecture complexe qui n’a rien à voir avec « la variable sexe », c’est-à-dire avec une approche qui consisterait à comparer, toutes choses égales par ailleurs, la santé mentale des femmes avec celle des hommes. La plupart des hommes et des femmes n’exercent pas les mêmes métiers et quand ils le font, ils ne sont pas soumis aux mêmes contraintes et attentes. Par exemple, il y a fort à parier qu’on attende d’une femme médecin ou cadre qu’elle soit « plus humaine » voire plus docile que ses confrères, ou encore qu’elle soit « comme eux » en même temps que « différente ». De plus, il n’existe pas un groupe homogène « femmes au travail », pas plus qu’il n’en existe un pour les hommes. Certaines femmes occupent des positions dominantes par rapport à des hommes et la position sociale d’un éboueur d’origine immigrée n’a rien à voir avec celle d’un cadre de haut niveau. Tout le monde comprend aussi que dans un service hospitalier, entre une cadre de santé, une infirmière, une aide-soignante et une femme de ménage intérimaire, les rapports sont de pouvoir et de hiérarchie (et non de sororité).

S’il n’est pas pertinent de raisonner globalement sur les femmes dans la sphère productive, tant leurs situations sont différentes, en revanche, selon les sociologues Elsa Galerand et Danièle Kergoat [7], si l’on raisonne à partir de la sphère reproductive, un raisonnement sur la classe des femmes vs. celle des hommes devient possible : ceux-ci sont globalement dispensés du travail domestique et d’un certain nombre des préoccupations ordinaires qui ont trait à nos interdépendances. C’est que, dans l’opinion commune comme dans la plupart des pensées savantes, l’organisation sociale du travail expliquerait le fonctionnement de la sphère productive, tandis que la complémentarité naturelle des rôles de sexe suffirait à expliquer celui de la sphère reproductive. Pour autant, les femmes ne sont pas toutes impliquées dans le travail domestique de la même façon. Les plus nanties d’entre elles ont les moyens de l’organiser et de l’externaliser, une part conséquente de celui-ci étant concrètement réalisé par d’autres femmes qui cumulent travail domestique chez soi et chez les autres. L’indissociabilité des deux sphères d’activité (domestique et professionnelle) qui s’impose pour les femmes n’est donc pas unifiable pour l’ensemble de celles-ci. Galerand et Kergoat font cependant l’hypothèse stimulante qu’elle est constitutive d’un rapport potentiellement subversif à la société salariale. Nous y reviendrons.

D’un autre côté, si on prend comme critère la reconnaissance du travail considérée comme un pivot de la santé mentale, n’est-il pas vrai que les femmes seraient globalement désavantagées ? On sait, grâce aux sociologues, qu’un travail de femme vaut moins, économiquement et symboliquement, qu’un travail d’homme [8]. Par ailleurs, la reconnaissance n’est considérée structurante qu’à la condition de porter sur le travail et non sur la personne (ses « beaux yeux », son charme, etc.) [9]. Or, les femmes seraient plus souvent jugées dans le registre de l’être que dans celui du faire. Le travail domestique est ainsi régulièrement confondu avec l’amour et les solidarités familiales. Le déficit de reconnaissance caractérise également les activités très féminisées du soin et du service (infirmières, aides à domicile, secrétaires…) qui impliquent de construire et de stabiliser dans le temps un travail attentionné (care). Ces activités supposent de développer des capacités qui n’ont rien d’évident, comme la disponibilité, la patience, la capacité d’anticiper sur les besoins d’autrui, ainsi qu’une sensibilité à la souffrance d’autrui qui, non seulement, est le fruit de l’expérience personnelle du travail, mais implique aussi des formes de coopération, en particulier des possibilités de se relayer entre collègues pour lutter contre l’usure et l’irritation que peuvent générer les activités au service de personnes malades ou dépendantes [10]. Mais un travail attentionné, quand il est bien fait, ne se voit pas ! Sa réussite dépend en grande partie de sa discrétion et de l’effacement de ses traces. Tous ces savoir-faire discrets s’incarnent dans une posture psychologique souvent perçue par les bénéficiaires en termes de gentillesse, de douceur, de sympathie ou autre qualité de l’être [11]. Le déficit chronique du travail de care est-il délétère pour la santé mentale ? Les chercheurs en ont-ils mal évalué ou sous-estimé les incidences pathogènes ? C’est possible. Mais il est également envisageable que le rapport subjectif au travail de care déborde en partie la théorie de la reconnaissance ou certains usages hâtifs qui en sont faits. C’est du moins ce que suggère l’écart entre la satisfaction au travail exprimée par les travailleuses dans les services aux personnes et celle beaucoup plus faible exprimée par les ouvrières, alors que sur bien des dimensions, comme salaires, pénibilité, déqualification, non reconnaissance, ces emplois ont des points communs [12]. S’appuyant sur les propos des unes et des autres, Galerand et Kergoat montrent que la satisfaction est liée au sens que le travail de care confère à la vie de celles qui le font du fait de sa valeur pour ceux qui en bénéficient et ce bien que ces femmes soient dans des situations de vulnérabilité sociale et de précarité. « Valeur » s’entend ici au sens éthique de ce qui compte, et de l’importance de l’importance, pour le dire dans les termes de Sandra Laugier [13]. Alors que la continuité entre travail domestique (chez soi) et travail de care salarié est habituellement perçue dans le registre du cumul harassant, Galerand et Kergoat la considèrent au contraire comme potentiellement porteuse de sens, de cohérence et de valeurs. Leur constat est largement confirmé par les récits et témoignages des travailleuses et travailleurs du care, comme ceux recueillis par exemple dans le très bel ouvrage À l’ombre du fauteuil roulant. Des auxiliaires de vie racontent [14]. Reste à savoir comment ce potentiel pourrait se transformer en une puissance d’agir politique.

QUEL MODÈLE DE L’HOMME AU TRAVAIL ?

Nous vivons une période marquée par l’augmentation de certaines contraintes du travail combinant la dérégulation du temps de travail (la flexibilité), l’intensification du travail (on en fait plus en moins de temps), la polyvalence (tout le monde pourrait tout faire), la réduction des moyens alloués, la précarisation des statuts et de l’emploi, l’individualisation des performances (on évalue des individus et non des collectifs) et la mise en concurrence des travailleurs qui en résulte, l’isolement, le fardeau non partagé des responsabilités et l’insécurité psychique qui en découle. Les contraintes des formes d’organisation du travail en régime néo- libéral sont peu propices aux travailleurs et aux travailleuses en général, puisqu’elles sont implicitement ou parfois très explicitement conçues à partir d’un modèle de l’être humain qui serait toujours au summum de ses possibilités cognitives, psychoaffectives et corporelles. L’Homme « sur-performant », cet être humain surdoué et surpuissant, ne vieillirait jamais, aurait toujours et déjà toute l’expérience possible, serait aisément adaptable à toutes circonstances, autonome dans son travail, n’aurait pas besoin des autres, serait en permanence motivé, ne connaîtrait ni fatigue, ni lassitude, ni doutes, ni angoisse, ni contraintes personnelles, enfants, vieux parents, intimité, vie conjugale. Forcément mobile, il n’aurait, en somme, d’autre but dans la vie que de travailler encore et encore pour son entreprise, pour s’accomplir indéfiniment dans cette activité dont on lui promet par ailleurs qu’elle va donner un sens ultime à sa vie et qu’il en sortira « grandi ». Bref, l’étalon qui sert pour penser la performance humaine attendue en situation de travail, c’est un être humain qui n’existe pas ! Qui plus est, le travail n’est pas seulement un lieu propice à la réalisation de soi, ce qu’il est parfois et sans doute mieux que toute autre activité. Mais il est aussi structuré par des rapports de domination et la promesse d’autonomie et de réalisation personnelle y fonctionne souvent comme un miroir aux alouettes pour mieux masquer l’aliénation ou tout au moins en retarder la prise de conscience.

Le modèle de la performance joue sur la gamme d’un imaginaire viril, d’un homo erectus toujours en action, efficacité se confondant avec hyperactivité. C’est « l’omniprésident » Nicolas Sarkozy au début de son mandat. Je ne veux pas dire que les hommes seraient plus adaptés aux nouvelles formes d’organisation que les femmes, les jeunes plus que les vieux, les personnes sans handicap plus que celles qui en ont. Le modèle de la performance ne convient à personne ! Bien sûr, il est discriminant, les femmes, en particulier celles qui sont chefs de famille monoparentales, les travailleurs vieillissants, les travailleurs et travailleuses handicapées ont plus de mal à s’adapter à cette nouvelle donne, ils se font éliminer plus facilement de la compétition pour l’emploi ou stagnent dans les emplois subalternes, ou tombent malades. Mais ce n’est pas seulement en dénonçant les discriminations, quelle que soit l’importance qu’il y a à le faire, qu’on sortira – si l’on en sort un jour et ce n’est pas demain – de cette situation dont tous les experts s’accordent à considérer qu’elle est, en particulier en France, catastrophique [15]. La plupart des propositions actuelles pour remédier aux dégâts de la souffrance dans le travail, consistent en des recherches d’aménagements du « bien-être au travail » sans remettre radicalement en question la dite « culture de l’excellence ». Mais peut-on réformer les organisations néo-libérales sans se préoccuper de leur opposer une autre « culture » ?

Il est possible de penser l’être humain au travail à partir d’autres expériences que celles de l’excellence et une autre anthropologie : l’anthropologie du care, précisément. Dans cette perspective, la « normalité » n’est pas la santé idéale dont on sait depuis Canguilhem qu’elle n’existe pas [16]. En ce sens, la normalité, c’est l’écart entre la santé idéale et la maladie décompensée, dans cet écart, le care joue un rôle premier et insubstituable jusqu’à présent non théorisé [17]. La normalité est une adaptation, toujours précaire et bancale, toujours susceptible d’être mise à mal et qui ne tient que parce qu’elle est soutenue par des actions qui sont en partie celles des sujets concernés, mais aussi celles de leur entourage qui pallie leurs fragilités, leurs incompétences, leurs différents besoins. Dans un horizon proximal, la normalité, ou la santé concrète, est largement tributaire du travail de care, dans un horizon plus large, elle est soutenue par les institutions, c’est-à-dire dans nos sociétés démocratiques par nous-mêmes, en tant que nous pesons sur ces institutions. En d’autres termes, la normalité ne relève pas tant de la biologie que du politique. Cette définition extensive de la normalité (ou de la santé) inclut les handicaps et les souffrances aussi longtemps que ceux-ci sont compensés et tolérables pour le sujet. Cela ne signifie pas confondre toutes les vulnérabilités sociales ou nier les rapports de pouvoir qui font que certaines vulnérabilités sont mieux reconnues, ouvrent à plus de droits, bénéficient de plus d’avantages et de care que d’autres. En l’occurrence, ce sont les hommes blancs riches qui figurent au sommet des hiérarchies dans les sociétés occidentales, et qui incarnent le mieux le modèle de la performance, dont les dépendances sont les plus niées, le travail pour y répondre étant rendu invisible par de multiples processus d’occultation. L’autonomie ou la performance individuelles sont des fictions si on les analyse du point de vue de la bonne à tout faire. Ce qu’on nomme « autonomie » est plutôt un privilège dans l’accès au care. À votre avis, combien de personnes travaillent dans l’ombre pour maintenir, soutenir, étayer un omniprésident ? Et vous ? Qui vous sert et vous soutient ? Ces questions jugées de détail sont évacuées dans une apologie de l’excellence vantant les mérites attribués aux plus puissants, mais elles sont au centre de la perspective du care.

Les besoins de ceux qu’on appelle parfois « les adultes compétents » sont pris en charge, ou par leurs proches, en général des femmes – mères, épouses, filles – dont le travail est occulté la plupart du temps dans le registre de l’amour et des solidarités familiales. Ou bien ils sont pris en charge par des femmes de ménage, nounous, auxiliaires de vie, aides- soignantes…, dont le travail est dévalorisé, sous-payé, et la plupart du temps prescrit, encadré et contrôlé par d’autres femmes – ce qui fait, par exemple, que certains hommes ne savent pas ce qu’ils doivent aux nounous [18] parce qu’ils/on pensent globalement que les nounous libèrent avant tout le temps de leur employeuse, la mère…

Si la compétition régie par les règles de la performance est inégale, c’est entre autres parce que les activités du care, bien qu’elles soient fondamentales dans la construction de « l’autonomie » de certains, sont tenues à la périphérie, dans tous les sens du terme, déléguées à des personnes qui sont subalternes, parfois non-citoyennes (travailleuses sans papier), écartées des délibérations sur la justice et sur le politique ainsi que de la plupart des pensées savantes qui fournissent les outils intellectuels pour mener ces délibérations. Adopter une éthique et un point de vue féministe pour analyser les évolutions du travail aujourd’hui, ce n’est donc pas se lamenter sur la position de victimes des femmes, mais faire des propositions nouvelles à partir de leurs expériences et dans l’intérêt de tous.

EN FINIR AVEC LE CULTE DES « MEILLEURS »

S’il paraît, en première intention, que le système néolibéral est préjudiciable à ceux/plus souvent celles qui réalisent le travail de care, tandis que ceux qui en bénéficient sont favorisés, il semblerait toutefois que l’aliénation dans l’idéologie de la performance soit un piège qui guette plus facilement… certains hommes privilégiés. « Le travail en accusation » est le titre « choc » d’un dossier de la Revue Santé Travail paru en 2007, suite à une série de suicides très médiatisés parmi les salariés de grandes entreprises françaises (Renault, Peugeot, Sodexho, EDF…). « Le travail apparaît au centre du désespoir ayant poussé ces salariés à mettre fin à leurs jours » écrit François Desriaux dans l’éditorial. Poids des mots, mais aussi des images : la couverture du numéro de Santé Travail représente un buste d’homme en costume avec une corde de pendu à la place de la cravate. Cette représentation saisissante exclut les ouvriers et les femmes. L’ensemble des illustrations du dossier ne représente également que des hommes (et blancs). Un nouvel imaginaire social se dessine qui associe le paroxysme de la souffrance dans le travail à la représentation masculine d’un col blanc. On peut penser que ce qui a fait de « la vague des suicides », un « sujet de société », marqué l’opinion publique et contraint à se positionner jusqu’au Ministre du travail [19], c’est qu’il s’agissait d’hommes plutôt jeunes et plutôt très qualifiés travaillant dans le bastion des grandes entreprises françaises. Et quand la fiction s’est emparée du sujet avec le téléfilm de Fabrice Cazeneuve, Seule, qui raconte l’histoire d’une femme dont le mari s’est jeté par la fenêtre de son bureau, le même profil est repris : homme, jeune, blanc, très qualifié. Ceux qui se suicident au travail ou en lien avec le travail appartiendraient ainsi à la catégorie de ceux qui ne devraient pas souffrir. On pourrait même en déduire, et certains ne s’en privent pas, que leur souffrance serait significative d’une escalade dans la dégradation du travail. Qu’il s’agisse d’une souffrance masculine la rend par ailleurs plus crédible dans son lien avec le travail, sachant que les femmes ne sont sûrement pas les meilleures candidates pour représenter la catégorie des suicidés dans le travail : trop de stéréotypes les associent en effet à la fragilité, la sphère privée et la psychologie individuelle. Il y a des femmes aussi parmi les suicidés au travail, mais moins que des hommes, ce qui recouvre d’ailleurs les statistiques générales, les hommes se suicidant plus que les femmes [20].

La difficulté est réelle d’analyser ces faits sans inscrire cette analyse dans les termes même de l’idéologie qu’on prétend dénoncer. Christophe Dejours, par exemple, n’échappe pas à cet écueil quand il affirme que « ceux qui se suicident au travail se recrutent parmi les hommes et les femmes qui se sont les plus engagés dans le travail, parmi les meilleurs » [21]. Cette affirmation – il y en a des meilleurs – fait sens dans les logiques managériales actuelles de la performance et de la mise en concurrence. « Un salarié non performant est “mauvais” » dit un représentant de la CGT dans le dossier de Santé-Travail. Même si le zèle au travail est ici critiqué comme « une nouvelle aliénation qui tue », on ne sort pas vraiment de l’idéologie de la performance. Associer les suicides liés au travail au profil des « meilleurs » et des plus « impliqués » ne ferme pas la porte à l’idée que les autres (ceux qui ne se suicident pas) sont « moins bons », « moins impliqués ». Selon quels critères ? Qui en décide ? Il est banal qu’une personne désignée comme « mauvaise » par le management soit quelqu’un qui refuse de suivre certaines directives qui le conduiraient à bâcler son travail (en réduisant le temps accordé à chaque dossier ou client, par exemple) ou n’a pas la disponibilité pour faire bien son travail de le continuer sur son temps personnel. D’autre part, l’implication pourrait désormais être interprétée comme révélant un profil à risque (ceux qui « manquent de recul »). Cela se passe déjà dans nombre d’entreprises qui, en plus d’être compétitives, doivent désormais veiller, pour protéger leur image, à prévenir les « risques psychosociaux » : tous les travailleurs deviennent alors suspects de mauvaises conduites et leurs efforts ne peuvent plus être reconnus.

Concernant l’adhésion aux valeurs de la performance [22], je formulerai plutôt les choses de la façon suivante : ce qui est dangereux, du point de vue de la santé mentale, c’est de se laisser prendre dans l’illusion, dans la capture imaginaire de la performance, c’est de croire qu’on pourrait y arriver, à être ce travailleur toujours dans l’érection de toutes ses fonctions et devant sortir grandi et reconnu de toutes les épreuves. C’est dangereux, car comme c’est faux, la chute sera forcément douloureuse. Celui qui croit qu’il devrait y arriver et n’y arrive pas, se désespérera d’autant qu’il n’osera pas dire qu’il est en deçà de l’idéal. Or il est plus difficile de s’illusionner quand on sait qu’on doit aller récupérer les enfants à l’école, car sinon ils resteront sur le trottoir… ou quand il faut penser aussi au linge de sa mère qui est en maison de retraite… Bref, certaines expériences – quotidiennes, concrètes, répétées dans le temps – de la vulnérabilité, la sienne, celle des autres, ne prédisposent pas à ce type d’illusion et rendent modeste quant à ce qu’on est en mesure de faire. Elles changent aussi l’ordre des priorités, ce qui ne va bien sûr jamais sans renoncement (à la grandeur, à la reconnaissance…). Cette capacité à reconnaître le réel, l’échec, la vulnérabilité, est souvent imputée à la nature psychosexuelle des femmes, à leur « rapport à la castration » disent les psychanalystes. Je pense qu’il convient d’imputer cette perception plus fine et plus réaliste de la réalité de ce que nous sommes – des êtres vulnérables, faillibles et interdépendants – aux expériences du care. Celles-ci sont socialement distribuées, et depuis la plus petite enfance, de façon inégale entre les filles et les garçons, mais aussi de façon inégale en fonction des classes sociales et/ou de la composition sexuée des fratries. Les filles des milieux populaires sont différemment concernées que les filles des milieux aisés et certains enfants seront choisis de préférence par leur mère pour être leur auxiliaire ou la nounou des petits. Ce pourra être un garçon, surtout s’il n’y a pas de fille dans la fratrie. Certain(e)s apprennent donc très tôt à s’occuper des autres tandis que les autres apprendront plutôt à pouvoir compter sur les premiers. Il arrive aussi que les aléas de la vie, la maladie d’Alzheimer d’une conjointe, par exemple, contraignent certains hommes à faire plus tardivement l’expérience du travail de care en devenant « aidant familial ». Mais, quoi qu’il en soit, pour celles et ceux qui sont concernés, difficile, comme on dit, de « se raconter des histoires », ils connaissent la fragilité humaine. Quelle est actuellement la place de ce savoir dans le débat public ?

Revenons sur la médiatisation des suicides à Telecom à l’automne 2009, en France, deuxième vague de suicides liés au travail. Il y en a eu 24, puis 25 ou 26… Des gens ont pris soin de compter et de porter le résultat de ce comptage dans les médias. D’où bataille de chiffres, significatifs ou pas, dans la moyenne nationale ou pas [23], etc. On est très loin du care, où ce qui compte n’est pas la vérité du nombre, mais que cela ne se produise plus. Pour certains, le suicide lié au travail apparaît comme une ultime forme de « protestation sociale ». Or, en faisant des suicidés liés au travail des héros ou des hérauts du malheur social, on ne sort pas vraiment du « jusqu’au-boutisme » de la performance où il s’agit de se donner corps et âme à son travail. Bien que tout le monde soit finalement prêt à reconnaître qu’il est impossible d’y arriver, ou que les moyens mis en œuvre, voire le contenu de la tâche, sont immoraux (comme vendre des logiciels qui ne servent à rien à des gens qui n’ont pas d’ordinateur, par exemple), le lendemain, rien n’est pourtant changé. Ceci pour dire que cette logique de la performance à tout prix – même au prix de nos vies –, ne nous est pas seulement imposée d’en haut, c’est nous qui nous y faisons prendre et la faisons fonctionner.

SENS ET RECONNAISSANCE

Pourtant, seules des personnes très cyniques pourraient se satisfaire d’être reconnues pour avoir vendu des logiciels inutiles à des personnes qui n’ont pas d’ordinateur. Pour les personnes dotées d’un sens moral ordinaire, se trouver dans une situation où le succès dépend de combines malhonnêtes génère une souffrance au travail qui a été décrite sous le terme de souffrance éthique [24]. L’analyse de la souffrance dans le travail et de ses issues psychopathologiques montre que fréquemment être « le meilleur » implique de bafouer quelques valeurs au passage : en rabattre sur la qualité et le tenir secret, saboter les installations des concurrents, falsifier des résultats, faire de fausses promesses sur les délais de livraison, réduire les tests avant de mettre un médicament sur le marché. L’adhésion à la logique de la performance et la compétitivité conduit même parfois à de véritables aberrations : comme produire du porc en quantité telle que les cours des marchés s’effondrent, par exemple.

Il existe d’autres formes d’implication dans le travail que le modèle de l’adhésion à la performance, formes moins visibles, plus discrètes et sans doute plus durables. Ainsi les travailleuses du care ne représentent-elles pas, dans l’imaginaire social, la catégorie des « meilleurs ». Mais ce qui surprend, en les écoutant, est que leur investissement dans le travail se maintient, en dépit d’une faible reconnaissance sociale, aussi longtemps que leur travail conserve un sens pour elles, aussi longtemps qu’elles peuvent le faire avec soin, même dans des situations repoussantes [25]. À vrai dire, ceci n’est inattendu qu’en référence à une théorie de la reconnaissance qui restreindrait celle-ci à une sorte de pantomime où « reconnaître » équivaudrait à des démonstrations ponctuelles d’encouragement, de gratitude ou de félicitations. La reconnaissance du travail, pour avoir une valeur structurante de la santé mentale, doit porter sur un travail qui a du sens et une valeur pour la personne qui le fait. La valeur du travail – au sens éthique du terme, non utilitariste – n’est pas principalement conférée de l’extérieur par les autres. Elle dépend avant tout de ce qui est important pour nous, en fonction d’un tissu d’expériences qui ne se réduisent pas à celles du travail salarié. La reconnaissance du travail est néanmoins cruciale dans la mesure où nous avons besoin que la valeur que nous lui conférons soit comprise et respectée pour conserver, ou mieux, pour améliorer les conditions de son exercice. À l’inverse, être reconnu pour un travail que l’on méprise ou que l’on estime mal fait peut s’avérer dangereux pour la santé mentale. Au niveau interpersonnel, c’est l’admiration et le respect réciproques qui scellent la dimension éthique de la reconnaissance. Tandis qu’au niveau organisationnel, la reconnaissance du travail s’inscrit matériellement sous la forme des moyens qui sont accordés pour le faire avec soin, ce qui implique au préalable un débat sur le travail avec les personnes qui le font. Parce que cet espace délibératif fait largement défaut dans la plupart des organisations, le déni de reconnaissance est une forme majeure de souffrance dans le travail. Le déni, précisément, s’attaque au sens du travail. Aux travailleuses du care aussi, on demande d’être performantes, à la fois flexibles, ultra-rapides en même temps que bien-traitantes. La qualité et le sens de leur travail sont fréquemment menacés par des conditions insatisfaisantes et nombreuses sont celles qui se lassent et se démotivent ou se blindent défensivement dans l’indifférence.

DANS QUEL MONDE VOULONS-NOUS VIVRE ?

Pour revenir à l’hypothèse de Galerand et Kergoat, d’un rapport potentiellement subversif des femmes au monde salarial, il se pourrait bien que celui-ci repose avant tout sur la capacité à ne pas dénier le réel et à l’élaborer autrement de façon plus réaliste. Un savoir issu de l’expérience du care domestique et/ou professionnel, fréquente chez les femmes, même si à des degrés divers. Comme le rappelait déjà opportunément Hannah Arendt, il n’y a que « les mythiques écuries d’Augias pour rester propres une fois l’effort accompli et la tâche achevée » [26]. Une vision de ménagère transforme radicalement la définition herculéenne de l’exploit. Mais pour que cette force potentielle devienne une puissance d’agir, il faut donc encore que cette expérience du réel ne reste pas une expérience individuelle et qu’elle donne lieu à une élaboration collective, c’est-à-dire à une traduction ou une sublimation politique. Telle est la proposition d’une politique du care et l’une de ses applications possibles : promouvoir, dans l’intérêt de tous, les savoirs issus des expériences du travail du care, mais aussi de l’expérience des travailleurs handicapés ou vieillissants, ou des personnes qui reviennent au travail après une maladie grave [27]. Tous disposent de savoirs fondés dans la connaissance de la vulnérabilité. Ainsi ce sont plutôt les travailleurs handicapés qui devraient servir de loupe grossissante pour penser l’être humain au travail et non le modèle abstrait de l’Homme performant (ou son avatar malheureux : le cadre surinvesti). Les spécialistes du travail – ergonomes, sociologues ou psychologues – ont, me semble-t-il, à soutenir ce type de positionnement critique qui reconduit d’ailleurs celui développé par l’ergonomie de langue française dès son origine : il faut adapter le travail à l’être humain (et non le contraire). Ce qui implique de se poser sans cesse la question : Mais à quel être humain ? La perspective du care est un excellent point d’appui conceptuel et sémantique pour ne pas se laisser embarquer par les sirènes de l’excellence ou de la performance.

D’autres figures héroïques du travail contemporain peuvent être convoquées que celle du col blanc sacrifié sur l’autel de la compétitivité. Des figures qui ne laissent pas dissocier les sphères reproductive et productive, joignant l’intime et le personnel avec le politique. Des figures qui portent au cœur de la Cité la vulnérabilité générique de tout ce qui vit et les vulnérabilités sociales. Les travailleuses sans papier, par exemple, mères de famille et pourvoyeuses d’argent à l’étranger, qui ont souvent vécu des guerres civiles et s’occupent de nos enfants ou de nos vieux, tout en endurant le déracinement avec la peur d’être reconduites. De la même façon que le care est une invitation à décloisonner les frontières entre les catégories du privé et du public, du travail salarié et du domestique, il est une invitation à décloisonner les luttes entre salariés du noyau dur et salariés précaires, entre citoyens et travailleurs-travailleuses sans papier, entre femmes qualifiées et non qualifiées, entre destinataires et fournisseurs de care, et à nous interroger de façon critique sur ce qui compte dans nos sociétés.

par Pascale Molinier

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Pour citer cet article :

Notes

[1] Rapport de la commission de réflexion sur la souffrance au travail, composée de députés UMP et Nouveau Centre, et de personnalités qualifiées, sous la co-présidence de Jean-François Copé et Pierre Méhaignerie, 2009.

[2] Sandra Laugier, « Le care : enjeux politiques d’une éthique féministe », Raison Publique, 2007, no 6, p. 29-46.

[3] Arlie Russell Hochschild, « Global Care Crisis : A Mother and Child’s Eye View », communication au colloque international Le genre au cœur de la mondialisation, Paris, 21-23 mars 2007 ; Evelyn Nakano Glenn, « Le travail forcé : citoyenneté, obligation statutaire et assignation des femmes au care », Pascale Molinier, Patricia Paperman & Sandra Laugier (dir.), Qu’est-ce que le care  ?, Paris, Payot, 2009.

[4] Patricia Paperman & Sandra Laugier (dir.), Le Souci des autres, Éthique et Politique du care, Paris, Éditions de l’EHESS, 2005.

[5] Je fais référence à la médiatisation des deux « vagues de suicides » dans les entreprises françaises en 2007 et 2009 sur lesquelles je reviens dans la suite de l’article.

[6] Christine Delphy, L’Ennemi principal, vol. 2 : Penser le genre, Paris, Syllepse, 1999.

[7] Elsa Galerand & Danièle Kergoat, « Le potentiel subversif du rapport des femmes au travail », Nouvelles Questions féministes, 2008, volume 27, no 2, p. 67-82.

[8] Danièle Kergoat, « Le rapport social de sexe. De la reproduction des rapports sociaux à leur subversion », Actuel Marx, 2001, vol. 30, p. 85-100.

[9] Pascale Molinier, « Le care à l’épreuve du travail. Vulnérabilités croisées et savoir- faire discrets », dans Patricia Paperman & Sandra Laugier (dir.), Le Souci des autres, Éthique et Politique du care, Paris, Éditions de l’EHESS, 2005.

[10] Ibid.

[11] La naturalisation des compétences et des savoir-faire du care dans le registre de la féminité, c’est-à-dire dans ce qui est attendu des femmes, a comme corollaire le fait que ces savoir-faire, quand ils sont exercés par des hommes – qui seront donc gentils, patients, attentionnés, discrets, délicats –, sont beaucoup plus valorisés, car ils ne sont pas attendus de tous les hommes.

[12] « Dans l’enquête réalisée par l’ENS en partenariat avec l’INSEE et la DARES (1996-1999), on constate que si, en moyenne, 49 % des femmes sont satisfaites de leur travail (contre 51 % pour les hommes), ce pourcentage est extrêmement variable selon les CSP : ainsi, 77 % des femmes cadres supérieures du public sont satisfaites contre 25 % des ouvrières quali ?ées de la manutention. Jusque là, rien d’étonnant. Ce qui est plus surprenant est le 49 % de femmes satisfaites parmi les employées des services aux particuliers. Contre 26 % des ouvrières non quali ?ées de l’industrie » (Elsa Galeran & Danièle Kergoat, « Le potentiel subversif du rapport des femmes au travail », art. cit.).

[13] Sandra Laugier, « L’importance de l’importance », Multitudes, 2005, no 23.

[14] Association des paralysés de France, 2001.

[15] Serge Volkoff, Christian Baudelot & Michel Gollac, « La preuve et l’alerte », .

[16] Georges Canguilhem, Le Normal et le pathologique, Paris, PUF, 1966.

[17] Canguilhem s’est intéressé à la prise en charge médicale de la « maladie vécue » mais il n’a pas interrogé le rôle du travail ordinaire de care (en particulier dans l’espace domestique) dans la préservation de la santé. Implicitement, dans une pensée classiquement androcentrée, le care primordial (celui qui soutient la vie du nourrisson) appartient moins au registre des activités dignes de ce nom qu’à une maternité conçue comme expression du biologique ; le reste des activités domestiques s’inscrivant « naturellement » dans son prolongement.

[18] Caroline Ibos, « Du macrocosme au microcosme, la vie morale de la Nounou », Multitudes, 2009, vol. 37-38, p. 123-132.

[19] Xavier Bertrand, alors Ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, a commandé à Philippe Nasse et Patrick Légeron le Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail », rendu 12 mars 2008. Ce rapport a donné suite à un collège d’expertise des risques psychosociaux, dirigé par Michel Gollac.

[20] Voir en ligne..

[21] Christophe Dejours, « Une nouvelle forme d’aliénation qui tue », Santé Travail, 2007, p. 2-28.

[22] Sans préjuger de ce qui s’est passé pour les hommes, cadres ou techniciens, qui ont mis ?n à leurs jours et font partie des deux vagues de suicides (2007 et 2009).

[23] Voir l’article très controversé de René Padieu dans le journal La Croix, et la réponse de Serge Volkoff, Christian Baudelot, Michel Gollac, « La preuve et l’alerte », art. cit.

[24] Christophe Dejours, Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale, Paris, Seuil, 1998.

[25] Ghislaine Doniol, « L’engagement paradoxal des aides à domicile face aux situations repoussantes », Travailler, 2009, no 22.

[26] Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme (1951), trad. Hélène Frappat, Jean- Loup Bourget, Robert Davreu et Patrick Lévy, Paris, Seuil, p. 147.

[27] Karine Chassaing & Anne-Marie Waser, « Travailler autrement. Comment le cancer initie un autre rapport au travail », Travailler, 2010, no 23, p. 99-136.

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