Hommage à Jean-Paul Brodeur

lundi 10 mai 2010, par Hélène L’Heuillet

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Jean-Paul Brodeur nous a quittés prématurément le 25 avril 2010. Professeur de criminologie à l’Université de Montréal et directeur du Centre international de criminologie comparée, il peut être considéré comme le père des études policières contemporaines et une référence incontournable pour qui veut comprendre la violence dans nos sociétés. Né en 1944, Jean-Paul Brodeur était philosophe de formation. Ce n’est qu’après une thèse de doctorat sur Spinoza sous la direction d’Alexandre Matheron, qu’il s’oriente vers la criminologie. Esprit inventif, jamais prisonnier des idées reçues, il a radicalement modifié la perception traditionnelle du dispositif policier dans l’État moderne. D’une extrême rigueur dans l’approche empirique non seulement de la police mais de la délinquance, du terrorisme, ou des violences d’État, il n’a cessé de faire dialoguer philosophie et criminologie, comme en témoigne le numéro de la revue Criminologie qu’il avait conçu et dirigé sur « Foucault et la (post)modernité » en 1993. Dans le même ordre d’idée, il avait accepté de donner un article intitulé « Lacan, Foucault et la criminologie » pour le dossier « Le pouvoir chez Foucault et Lacan » de la revue La Célibataire à l’automne 2004. Encore trop peu connu en France au-delà du cercle des spécialistes, Jean-Paul Brodeur était une personnalité active dans l’espace public québécois et canadien. Il avait notamment participé à partir de 1978 à la commission d’enquête sur les actes illégaux perpétrés par la gendarmerie canadienne en territoire québécois (commission Keable) et n’hésitait pas à faire entendre sa voix sur les problèmes publics. Dans ses recherches comme dans ses interventions, on peut dire qu’il est resté fidèle à l’exigence conceptuelle de Spinoza : plutôt comprendre que rester indifférent ou pleurer. Qu’il nous soit permis aujourd’hui de lui désobéir. Tous ceux qui l’ont rencontré ne peuvent que déplorer la perte d’un chercheur dont le dynamisme intellectuel ne faiblissait pas, et d’un homme aussi drôle que chaleureux, aussi exigeant et droit que généreux.

Bibliographie sélective :

The Policing Web, paraître aux éditions d’Oxford en août 2010.

Terrorisme et antiterrorisme au Canada, Stéphane Leman-Langlois et Jean-Paul Brodeur (dir.), Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2009.

Citoyens et délateurs. La délation peut-elle être un acte civique ? Jean-Paul Brodeur et Fabien Jobard (dir.), Paris, Éditions Autrement, Collection « Mutations », 2005.

Les visages de la police. Pratiques et perceptions, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2003. À lire

Democracy, Law and Security ; Internal security services in contemporary Europe, Jean-Paul Brodeur, Peter Gill and Dennis Töllborg (dir.), Aldershot (England) : Ashgate Publishing Company, 2003.

Connaître la police. Grands textes de la recherche anglo-saxonne, Jean-Paul Brodeur et Dominique Monjardet, Paris : La Documentation française, 2003.

par Hélène L’Heuillet

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