Multiculturalisme et construction nationale : le cas de la Bosnie-Herzégovine

lundi 22 février 2010, par Magali Bessone

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Je voudrais explorer ici, à partir d’un cas particulier, celui de la Bosnie-Herzégovine, certaines difficultés que peut poser l’exportation du modèle multiculturaliste en-dehors du cadre libéral. En effet, il me semble que le multiculturalisme, comme programme politique qui se propose non seulement de reconnaître, mais surtout d’inscrire les appartenances communautaires, en particulier ethno-nationales, dans les institutions et les normes politiques, présuppose un État libéral comme cadre de fonctionnement, mais ne constitue pas un programme politique capable de fonder un État démocratique viable. La politique multiculturaliste est en réalité peu adaptée aux périodes de transition et de reconstruction nationale, notamment lorsqu’il s’agit de (re)construire une nation où a pris place un conflit ethnique. Elle risque alors bien davantage de nourrir les nationalismes les plus radicaux. Le cas de la Bosnie-Herzégovine est particulièrement révélateur de telles difficultés : d’un point de vue méthodologique, aborder l’étude du multiculturalisme par celle d’un cas où il est en jeu permet de mettre l’accent sur l’importance d’une philosophie située, d’une philosophie politique ancrée dans une connaissance anthropologique des terrains d’étude. Une analyse de ce « cas bosnien » permet donc de souligner la fécondité d’une approche anthropologique sur la question du multiculturalisme, approche qui ici met en lumière le présupposé théorique d’un État libéral déjà constitué dans les politiques multiculturalistes. Le cas bosnien permet également de souligner un autre point : le multiculturalisme n’est pas seulement une politique, mais c’est aussi un fait social et une éthique du quotidien qui repose minimalement sur les valeurs partagées de la tolérance et du respect de l’autre. Dans cette dimension, le multiculturalisme est pluralisme au double sens de valorisation de la diversité et d’organisation sociale des différences communautaires — sans que cette dimension implique nécessairement la transcription de ce fait dans l’ordre politique. Dans cette acception, il existe, non pas un modèle multiculturaliste, mais des multiculturalismes, selon les sociétés et les organisations sociales de la diversité qu’elles mettent en oeuvre. L’institution du « Komsiluk », que l’on peut traduire par « bon voisinage », bosnien, est l’une de ces dimensions pratiques du multiculturalisme. Une Constitution bosnienne proposant un État unitaire minimal sous la double forme de l’État de droit et de l’État providence, sans prétention à l’organisation politique du multiculturalisme, mais se contentant de garantir la condition d’un fonctionnement du komsiluk, pourrait sans doute (aurait sans doute pu) assurer une démocratie multiculturelle dans une Bosnie-Herzégovine fonctionnelle.

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par Magali Bessone

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