L’œil des séries. Sur les séries télévisées américaines

jeudi 18 juin 2015, par Sylvie Servoise

Thèmes : Séries télévisées

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Dossier initialement publié dans la revue Raison publique, n°11, 2009.

Le succès des séries télévisées américaines n’est plus à prouver : plébiscitées depuis longtemps par le public, elles retiennent aussi de plus en plus l’attention des critiques et des chercheurs qui abordent le genre avec leurs propres outils d’analyse. Déjà à l’oeuvre depuis plusieurs années aux États-Unis, cette démarche est moins suivie en France et le présent dossier entend contribuer à la reconnaissance des séries en tant qu’oeuvres à part entière, susceptibles d’être interrogées à ce titre sous de multiples angles. Des sociologues, mais aussi des philosophes, des chercheurs en littérature et en cinéma prennent ici la parole pour nous dire que les séries, objets de la culture populaire, ne sont pas seulement un objet d’études pour téléspectateurs cultivés : elles constituent une expression, ou une forme, privilégiée de notre culture contemporaine.

L’article d’ouverture du dossier, rédigé par Solange Chavel, présente une vue d’ensemble des axes couverts par la critique américaine des séries télévisées. Car c’est bien des États-Unis qu’est parti ce phénomène et s’il convient de s’interroger sur les raisons de la réticence française à l’intégrer et le reconnaître – ce à quoi s’applique entre autres Martin Winckler dans l’entretien avec Sylvie Servoise – il est aussi légitime de voir dans les séries américaines un portrait en creux de l’Amérique : de certaines de ses pratiques (la justification de la torture qu’étudie Jean-Cassien Billier à partir de 24 heures chrono) ou d’un pan de son histoire socio-économique et culturelle (l’épanouissement de la société de consommation dans la série Mad Men analysée par Mathieu Rémy). À ceux qui accuseraient plus globalement les séries télévisuelles de se complaire dans la noirceur, la violence ou le macabre, les articles de Pierre Mercklé et Thomas Dollé (sur « La représentation et les usages des cadavres »), de Jean Samoki (consacré à Dexter) et de Séverine Barthes (dédié aux séries produites par Chris Carter) répondent par des analyses sur la réception des téléspectateurs, sur la « folie de la cohésion » qui anime un personnage de serial killer cherchant à relier fiction sociale et fiction identitaire, ou encore sur la tentative menée par un producteur de séries de dénoncer le délitement du lien social, voire de pallier celui‑ci, par la création d’une communauté de fans. Enfin, un dernier aspect des séries est abordé dans l’article de Sandra Laugier (autour de « l’éthique du care ») qui développe le dernier axe critique évoqué dans le texte liminaire de Solange Chavel : les séries, nouvelles « fabriques des sentiments privés », sont un médium privilégié de l’expression morale. Voir différemment les séries pour voir autrement le monde : c’est à cela qu’invite le présent dossier.

sommaire

Sylvie Servoise, Introduction
Solange Chavel, "Les séries télévisées : bref parcours à travers la littérature critique américaine"
Entretien avec Martin Winckler (par Sylvie Servoise), "La France et les États-Unis au miroir des séries"
Jean-Cassien Billier, "24 heures chrono ou comment justifier la torture"
Matthieu Rémy, "La compagnie des hommes"
Pierre Mercklé et Thomas Dollé, "Mort en séries : représentations et usages des cadavres dans la fiction télévisée contemporaine"
Jean-Marie Samocki, "La folie de la cohésion - sur la série Dexter"
Séverine Barthes, "Chris Carter paranoïaque ? Le complexe sémantique de la perte comme vecteur herméneutique et créatif"
Sandra Laugier, "Les séries télévisées : éthique du care et adresse au public"

par Sylvie Servoise

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