« Vivre ensemble » et « vivre mieux » sont-ils (in)compatibles ? Retour sur « J14 », le premier mouvement social israélien.

mardi 29 avril 2014, par Eléonore Merza

Thèmes : démocratie

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Pour protester contre l’inflation de l’immobilier à Tel Aviv, une jeune israélienne – Daphni Leef – annonce sur le réseau social Facebook qu’elle installera, le 14 juillet 2011, une tente sur le très chic boulevard Rothschild. Très rapidement, des dizaines puis des centaines de tentes, occupent le terre-plein de ce boulevard que les Israéliens aiment à décrire comme « les Champs Elysées de Tel Aviv ». En quelques jours, d’autres campements fleurissent, aussi bien dans des quartiers relativement favorisés à majorité ashkénaze, comme le « vieux nord » et notamment autour des rues Nordau et Ben-Gourion ou en hyper centre comme sur la place HaMedina, que dans des quartiers populaires, comme ce sera le cas autour du marché Hatikvah, et à Jaffa, avant de s’étendre encore à de nombreuses villes du pays.

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Israël connaît alors son premier mouvement social d’ampleur. Baptisé « J14 » (pour 14 juillet), ce mouvement va catalyser le mécontentement de nombreuses et diverses composantes de la société israélienne, aux aspirations parfois bien différentes, et bénéficier d’un soutien populaire immense [1], y compris dans l’électorat du Likoud [2] actuellement à la tête du gouvernement [3]. Au plus fort de la mobilisation, on compte près de 400 000 manifestants dans la rue israélienne, autour d’un slogan qui réussit à faire consensus : « ’Haam dorekh tsedek ’hevrati » (« le peuple réclame la justice sociale ») .

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Le 03 septembre 2011 : fin de manifestation, le cortège atteint la place HaMedina (centre ville de Tel Aviv) (Crédit photo : Activestills)

Le malaise social qui s’exprime alors bruyamment dans la rue israélienne, n’est pourtant pas fondamentalement nouveau : les problèmes qui touchent la majorité de la population sont les résultats de la politique ultra-libérale et sécuritaire qui régit le pays depuis de nombreuses années. Si Israël enregistre en 2011 une perspective de croissance de 5% [4], et que le pays jouit a priori d’une santé économique saine, les salaires stagnent, les loyers ont augmenté de 32% à Tel Aviv et de 17% à Jérusalem au cours des cinq dernières années [5], les places en crèche se raréfient, les pensions de retraite sont en baisse et on voit de plus en plus de personnes âgées qui travaillent, dans des conditions souvent précaires, pour compléter leur mince retraite et survivre [6]. Dans un État où la préoccupation principale demeure la sécurité, les questions sociales ont été minimisées dans le débat politique et la population subit de plein fouet les coupes budgétaires dans de nombreux domaines, au profit du développement exponentiel de ceux de la sécurité et de l’armée. L’opinion publique israélienne a, par ailleurs, développé une forte défiance envers sa classe politique, touchée par de nombreuses affaires de corruption, et le système parlementaire qui contraint des partis parfois idéologiquement éloignés à s’allier pour former des gouvernements d’union nationale n’est sans doute pas étranger à cette perte de confiance généralisée. Les slogans et pancartes que l’on aperçoit à la fois dans les campements et dans les manifestations raillent d’ailleurs à la fois « Bibi » (le surnom de Benyamin Netanyahu) et les travaillistes qui occupent des portefeuilles ministériels importants – notamment celui de la défense – et qui n’ont pas hésité à former un gouvernement avec certaines des franges les plus ultranationalistes de l’échiquier politique [7].

Bien qu’il se définisse comme apolitique, avec une filiation non dissimulée aux mouvements « indignés » ou Occupy et aux cyber activistes des Anonymous, le mouvement social va devenir un lieu, par excellence, du politique, et inscrire des revendications locales dans un phénomène transnational, notamment en faisant référence aux révolutions arabes et en particulier à sa voisine égyptienne.

Crédit photos : Activestills

En bas à gauche : "Tous ensemble"
En haut, de gauche à droite : "Peu importe pour qui vous votez, les banques et le capital décideront"
"Nous sommes les Anonymous. 99%. Suivez-nous sur youtube"
"Nous sommes tous les esclaves des banques privées"
"99% contre 1%, de quel côté êtes-vous ?"

Crédit photos : Activestills

En arabe : Irhal ("dégage")
En hébreu : "L’Egypte, c’est ici"

S’il se construit effectivement en dehors des sphères traditionnelles du pouvoir, et notamment des partis politiques et de la principale centrale syndicale (la Histadrut [8]), dont l’action n’est plus identifiée comme porteuse d’espoir ou de changement, le mouvement social va permettre aux Israéliens de se réapproprier l’espace public et d’en faire un espace politique. Un militant bien connu de Tel Aviv que j’interrogeais en septembre 2011, se laissait, lui aussi, porter par un enthousiasme nouveau :

C’est incroyable ce qu’il se passe, à chaque coin de rue on parle politique, il y a des assemblées générales improvisées partout, des groupes de discussion qui se forment (…) il arrive même qu’on aborde des considérations assez radicales qui dépassent largement les revendications du mouvement social. Beaucoup de jeunes ont acquis des bases en politique ou en économie pendant ce mouvement. Partout, des gens parlent, distribuent des tracts, et plus uniquement dans des réunions du petit milieu des militants. En ce moment, il fait bon être activiste, ce qui est quand même assez rare en Israël [9].

Et effectivement, des discussions politiques vont s’improviser autour des campements, et un peu partout dans l’espace public, réunissant souvent des individus aux positionnements politiques et au quotidien fort différents. C’est par exemple, le cas avec le groupe Eretz Yoshveha (" la terre de ses habitants") qui réunit une alliance inattendue d’individus se définissant comme post-sionistes, de colons de Cisjordanie et de Palestiniens d’Israël, afin d’envisager différentes modalités du vivre ensemble [10].

Cette réappropriation résolument horizontale du politique va rendre possible une cohabitation et des échanges tout à fait nouveaux entre militants aguerris et certains « indignés » qui, en d’autres occasions, peuvent se montrer très suspicieux envers les activistes. Mais si un certain nombre de revendications font consensus parmi l’ensemble des acteurs de ce mouvement, les différents campements abordent également des mêmes problématiques plus locales. Le campement installé sur la rue Levinsky est, par exemple, majoritairement composé de travailleurs migrants venus du Soudan, d’Erythrée ou du Ghana ; celui situé entre les rue HaHaganah et Matsurva Givati – dans le quartier d’Hatikva – de Mizrahim [11] de milieu défavorisé ; celui de la rue Nordau principalement de jeunes trentenaires Tel Avnikim  ; ou encore celui présent à Jaffa de Palestiniens d’Israël. Ces campements possèdent tous une forte identité locale : ils ont été implantés dans les quartiers de résidence de leurs occupants et les discussions qui les animent sont, logiquement, tournées vers leurs préoccupations quotidiennes. Le campement principal de Tel Aviv, celui du boulevard Rothschild qui a initié les autres, est sociologiquement plus riche et métissé : on y trouvait des tentes d’une multitude de corps de métiers ou de groupes (individus, artistes, mais aussi médecins en grève, travailleurs sociaux, parents d’élèves, anciens soldats druzes etc.). En effet, peu d’habitants du quartier Rotschild, un des plus huppés de la ville, peuvent véritablement se plaindre des conditions de vie à Tel Aviv. Il n’empêche que nombreux ont été celles et ceux qui ont décoré leur fenêtre ou leur balcon d’une pancarte ou d’un signe en solidarité, certains ont également apporté des vivres ou des couvertures aux "campeurs", et beaucoup - parfois uniquement par curiosité - ont assisté à des assemblées générales ou des discussions en plein air. Le choix-même fait par Dafni Leef d’installer sa tente sur le terre-plein du boulevard Rothschild agit, bien évidement comme un symbole.

crédit photos : Eléonore Merza

Par une apposition d’autocollant, le boulevard Rothschild devient le boulevard "ah si j’étais Rothschild"

"Si j’étais Rothschild, j’installerai la clim dans la tente"

"Dupleix sur Rothschild, si vous rêvez d’un appartement, allez au bout de vos rêves"

Peut-on, pour autant, affirmer que ces campements ont été une représentation effective des différentes franges de la société israélienne ?

Si la diversité des « campeurs » fût bien réelle, il faudrait s’interroger sur le peu de visibilité des minorités non-juives dans l’espace public à l’heure où ce mouvement entendait justement repenser le « vivre ensemble » et le « vivre mieux ». Non seulement, peu de tentes symbolisaient leur présence, mais le sort de ces minorités non-juives, et c’est en particulier le cas des Palestiniens, est également évacué de nombreuses discussions lorsqu’il n’est pas tout simplement honni.

Tous les soirs, des discussions publiques ouvertes à tous – et dans lesquelles chacun-e peut intervenir librement – se déroulent sur Rothschild. Dans l’une d’elles, consacrée aux problèmes de logement – véritable pierre angulaire des revendications –, une femme intervient pour faire part de la lutte d’une famille de Ramla sur le point d’être expulsée. L’auditoire l’écoute, elle tente de convaincre certains participants de venir exprimer leur solidarité avec cette famille, jusqu’à ce que l’un d’entre eux lui demande le nom de cette famille et que le public comprenne qu’il s’agit d’une famille palestinienne. Certains n’hésitent pas alors à la conspuer tandis que la majorité ne lui accorde plus son attention. Seuls quelques personnes applaudissent son intervention : tous sont des militants bien connus de la gauche radicale [12]. Cette anecdote est révélatrice d’un malaise partagé par une large majorité des acteurs du mouvement qui ont, sur ces questions éminemment politiques, des comportements et des analyses fort différents de ceux des activistes traditionnels. Plus rompus à la pratique discursive, et adoptant une démarche assumée d’intégrer des problématiques plus larges à celles initialement mises en avant par le mouvement social, ce sont ces derniers qui animent, avec des Palestiniens de Jaffa, la « tente 1948 » sur le boulevard Rothschild. Lorsque je rencontre M.J, un de ses principaux animateurs de groupe de citoyens arabes et juifs, il m’explique :

Nous voulons un État pour tous ses citoyens. Au lieu de penser "séparation", nous pensons à la possibilité de l’existence commune. Depuis la fondation de ce pays, ils ont divisé pour mieux régner, et empêcher les vrais changements (...) nous pensons que si nous nous unissons, nous pouvons y arriver. Nous voulons changer la politique foncière, nous voulons rendre justice à la population palestinienne. Ce que nous voulons, c’est la fin des confiscation de terres et plus de démolitions de maisons. Nous vivons ici tous ensemble et il serait temps que nous le comprenions. Nous, on veut parler des discriminations, dans les institutions, dans l’éducation, dans la santé (...) Il ne peut y avoir de justice sociale, tant que l’État occupe et opprime les Palestiniens (...) et la justice doit être vraiment pour tous. Nous refusons que les ressources de l’Etat soient essentiellement allouées à l’occupation, à construire des murs et des barrières qui empoisonnent la vie du peuple palestinien, ou à soutenir et agrandir les colonies. L’occupation coûte cher, de l’argent il y en a et il doit être utilisé pour améliorer la vie des Juifs et des Palestiniens en Israël et dans les Territoires occupés [13].

La « tente 1948 » n’est pas l’unique tente occupée par des citoyens non-juifs [14] mais elle est la seule à mettre publiquement en avant la problématique de la coexistence avec ces autres citoyens – musulmans et chrétiens – dans l’État et à la soumettre au débat. Les réactions du voisinage ne sont pas, outre mesure, surprenantes : nombreux sont ceux, parmi les acteurs quotidiens de ce mouvement, qui ne comprennent sincèrement pas pourquoi ces activistes viennent parler de sujets qui fâchent. Alors que je prenais des photographies des panneaux, une jeune femme qui interpellait ses occupants, exprimait ce que beaucoup pensaient :

Pourquoi vous parlez des Palestiniens ici ? Ce n’est pas le moment d’en parler, il faut rester unis autour de nos revendications pour une justice sociale (…) ce n’est pas le moment des grandes causes, nous exigeons des choses pratiques : des meilleurs salaires, des logements, des places en crèche, plus de médecins (...) vous êtes en train de désunir le mouvement, nous devons nous concentrer sur ce sur quoi nous sommes d’accord. [15]

Régulièrement accusé de faire fi de la question de l’occupation [16] – et dans une perspective plus large de la question palestinienne –, ce mouvement connut tout de même, lors de la manifestation du samedi 6 août 2011, un événement historique. Après une manifestation ayant réuni près de 300 000 personnes dans les rues de Tel Aviv, et à l’arrivée des cortèges sur la place HaMedina, un Palestinien d’Israël monte sur scène et s’adresse – en hébreu – à la foule :

(…) Il est temps que cette lutte devienne la lutte de tous les exploités, Juifs et Arabes (…) Il est temps que cette magnifique lutte mette fin à la querelle entre les deux peuples. Quand les Arabes et les Juifs refusent d’être ennemis (…)

L’homme qui s’exprime ainsi est Odeh Bisharat, c’est un militant bien connu du Hadash et un rédacteur du quotidien communiste arabophone Al Ittihad, son discours est relativement attendu. La réaction de la rue israélienne l’est sans doute moins, après avoir ovationné Bisharat, la foule reprend en cœur : « Arabes et Juifs refusent d’être ennemis  ».

Parfois dépeint comme un mouvement pour la seule classe moyenne juive ashkénaze, J14 essuie trois critiques principales : son refus de parler de l’occupation (et de dresser un lien entre situation économique et coûts de l’occupation), son incapacité à véritablement inclure et mobiliser les minorités juives (en particulier les Ethiopiens, les Russes et les ultra-orthodoxes), et son désintérêt pour les préoccupation des citoyens palestiniens en Israël (appelés également arabes israéliens). Or – et malgré les critiques qui peuvent légitimement lui être adressées – ce mouvement social, le premier de l’histoire d’Israël et qui a tout de même réussi à enthousiasmer des militants aguerris [17], souffre des mêmes maux que les autres mouvements de type « indignés » ou « Occupy » : au-delà d’une critique du capitalisme, son refus de faire d’autres questions politiques des revendications centrales sont à la fois ce qui lui permet de faire consensus et de mobiliser des franges larges de la population, tout en marquant ses limites. Ainsi l’analyste politique israélienne Dahlia Scheindlin décrit : « (...) Bien sûr qu’il faut protester contre les prix exorbitants des logements, mais pourquoi l’appeler "justice sociale" si le cœur même de la justice sociale, à savoir l’égalité, n’est pas abordée ? Est-ce que les Israéliens peuvent avoir une justice sociale et révolutionnaire sans parler des droits des personnes qu’ils contrôlent et qu’ils occupent ? (...) » [18].

Pour le journaliste israélien Ami Kaufman, cela n’a rien de surprenant, J14 s’inscrit bel et bien dans une filiation avec ces autres mouvements, pour expliquer l’absence de la question de l’occupation, il convoque l’exemple américain : « (...) Occupy Wall Street n’a pas modifié la guerre en Afghanistan, les droits des gays ou le droit à l’avortement (...) il s’agissait des 99% » [19]. Pour son confrère Noam Sheifaz, « (...) l’occupation est fondamentalement, et de diverses manières, le plus grand projet israélien, c’est pour cela qu’il est si difficile de se battre contre elle » [20]. Ainsi, le mouvement J14 serait véritablement à l’image de la société israélienne. Alon-Lee Green, un des principaux leader du mouvement, déclarait lors d’une conférence au centre Adva en juin 2012 : « (...) on ne peut pas tout connecter à l’occupation, regardez le nombre de gens présents dans J14 et comparez-le au nombre de personnes qui se sont mobilisées en 2006 contre la guerre du Liban ou en 2009 contre l’attaque sur Gaza ? (...) ».

Presque deux ans plus tard, le constat de la majorité des « indignés », est amer : alors qu’il avait soulevé d’immenses espoirs, le mouvement social a périclité quelques mois seulement après son émergence et le gouvernement Netanyahu, qui n’a renoncé à aucune de ses mesures, a été réélu en faisant liste commune avec l’extrême droite nationaliste d’Avigor Lieberman. La plupart des jeunes leaders du mouvement, à l’exception de Daphni Leef qui avait été la première à installer sa tente sur le boulevard Rothschild, ont été en bonne position sur les listes électorales de partis politiques mainstream qui étaient, pour certains, au cœur des critiques des manifestants [21].

Il ne faudrait pas pour autant minimiser l’importance de la réappropriation, éminemment populaire, de certaines questions politiques, permise par ce mouvement social, ainsi que la diffusion de discussions et de propositions, parfois radicales, bien au-delà des cercles militants traditionnels. Eitan Bronstein, fondateur de l’ONG Zochrot [22] qui cherche à éduquer le public juif israélien à la Nakba (mot arabe signifiant catastrophe et utilisé par les Palestiniens pour décrire leur expulsion en 1948) et promeut le droit au retour des réfugiés palestiniens, ne peut s’empêcher de se rappeler : « (...) On a débattu de la Nakba sur Rothschild ! C’était tout simplement inimaginable un mois avant, c’était extraordinaire (...) [23] ».

Matan Kaminer, un autre militant bien connu de la gauche radicale qui considère J14 comme une étape et que « (...) la longue route vers de vrais changements est très longue (...) » soulignait avec justesse que le démantèlement des campements avait bouleversé en profondeur le mouvement dont l’intérêt résidait, en grande partie, dans ce qu’il a qualifié de nouveaux espaces publics où toutes sortes de groupes opprimés et marginalisés ont pu échanger et se faire entendre [24]. J14 a, en effet, bien tenté de mobiliser après le démantèlement des campements, pendant une année (jusqu’à juin 2012), des manifestations ont eu lieu régulièrement les samedis soirs à Tel Aviv, mais le mouvement– divisé et affaibli – a périclité. Un symbole traumatique fort, tel la mort d’un homme, décédé de ses blessures une semaine après s’être immolé en plein cortège de la manifestation marquant le premier anniversaire du mouvement, n’a pas suffi à remettre en selle le mouvement.

Avec lui, d’autres espèrent que « (...) le "sha’b" du désormais célèbre slogan arabe "al-shab yurid isqat al-nizam" et le "’Am" de son équivalent hébreu "’haam doresh tzedek ’ hevrati "ne feront un jour qu’un, pas seulement en Israël-Palestine mais également dans toute la région (...) ».

Bibliographie indicative :

The Abraham Fund Initiatives, dec. 2008, « Governmental Responsability for Social Inclusion and Jewish-Arab Equality in Israel », position paper.

Ofer Aderet, « Eikh omrim tsedek hevrati beAravit ? », (« Comment dit-on justice sociale en arabe ? »), Haaretz Magazine, supplément weekend, le 2 décembre 2011.

Etienne Balibar, 2001, « Vers la citoyenneté imparfaite » in E. Balibar, Nous, citoyens d’Europe ? Les frontières, l’État, le peuple, Paris, La Découverte, pp. 206-215.

Fredrick Barth (dir.), 1969, Ethnic groups and Boundaries : The Social Organization of Culture Differences, Bergen/ London, George Allen & Unwin and Forgalet.

Daniel Céfaï et Danny Trom (dir.), 2001, Les formes d’action collective. Mobilisations dans les arènes publiques, Paris, Éditions de l’EHESS.

Alain Dieckhoff, 2005 « Quelle citoyenneté dans une démocratie ethnique ? », Confluences Méditerranée 54 : 69-80.

Hugo Domenach, 02 août 2011, « La révolte des tentes : "Un bol d’air pour la société israélienne" », Le Monde.

Clifford Geertz, 1973, The interpretation of culture, New York, Basic Books. Stuart Hall, Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies, Paris, Éditions Amsterdam.

Hanna Herzog, 1984, « Ethnicity as a Product of Political Negociation : The Case of Israel », International Review of Modern Sociology, 15, pp.45-61. Engin Isin, 2002 ; Recasting the Social in Citizenship, Toronto, University of Toronto Press, 2008.

Ami Kaufman, 29 juin 2012, « Why J14 movement should keep the occupation off the agenda », +972 Magazine.

Sam Lehman-Wilzig, 1990, Stiff-Necked People, Bottle-Necked System : The Evolution and Roots of Israeli Public Protest, 1949-1986, Bloomington : Indiana University Press.

T.H Marshall, 1950, Citizenship and Social Class, Cambridge, Cambridge University Press.

Salman Masalha, 05 septembre 2011, « What people, What Justice ? », Haaretz.

Eléonore Merza 2011 : « Being both non-Jewish Israelis and Non-Arab Muslims : isn’t it too much ? », Bulletin du Centre de Recherche Français de Jérusalem n°21.

Joel S. Migdal, 2006, « Whose State Is It, Anyway ? Exclusion and the Construction of Graduated Citizenship in Israel », Israel Studies Forum, 21 (2), pp.3-27.

Catherine Neveu, 2004 : « Les enjeux d’une approche anthropologique de la citoyenneté », Revue Européenne des Migrations Internationales, 20 (3), pp. 89-101.

Yoav Peled et Gershon Shafir, 2002, Being Israeli : the dynamics of multiple citizenship, Cambridge, Cambridge University Press.

Pierre Puchot, 17 août 2011, « En Israël, espoirs et limites d’un mouvement social sans précédent », Médiapart.

Moshe Semyonov and Noah Lewin-Epstein, 2004, Stratification in Israel : Class, Ethnicity and Gender, New Brunswick, Transaction Book.

Noa Shaindlinger, « The ’wrong’ protest : Why J14 propagates the political status quo », +972 Magazine, 02 juillet 2012.

Dahlia Scheindlin, 1er août 2011, « The tent protest : neither social justice, nor revolution », +972 Magazine.

Gadi Wolfseld, 1988, The Politics of Provocation : participation and protest in Israel. Albany, N.Y, Suny.

par Eléonore Merza

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Pour citer cet article :

Notes

[1] Un sondage effectué par le quotidien israélien Haaretz en juillet 2011 révèle que 87% des Israéliens soutiennent le mouvement social, tandis que seulement 9% ne le soutiennent pas (et 4% sans opinion).

[2] Le Likoud, (« coalition » en hébreu) est la principale force politique israélienne de droite. Héritière du parti libérale et la droite nationaliste de Vladimir Zeev Jabotinsky, le Likoud de Benyamin Netanyahu a remporté les dernières élections (janvier 2013) en faisant liste commune avec le parti nationaliste d’extrême droite Israel Beytenu (« Israël notre maison ») d’Avigdor Lieberman.

[3] Nadav Perry, « Sondage : 85% des électeurs du Likoud et 78% de ceux du Shass soutiennent la protestation sociale », Nana10, le 02 août 2011. Consultable en ligne : http://news.nana10.co.il/Article/?A... (en hébreu).

[4] Bureau Central des Statistiques, Jérusalem, 2011.

[5] Rapport de la Commission Trachtenberg remis le 26 septembre 2011.

[6] Notamment du gardiennage ou de la sécurité (de parking ou de supermarché principalement).

[7] C’est notamment le cas avec Israel Beytenu. Lors des législatives de 2009, et avec 11,70% des votes, le parti dirigé par Avigdor Lieberman devient la troisième formation politique du pays, derrière Kadima (22,47%) et le Likoud (21,61%), mais devant les Travaillistes (9,93%). (Bureau Central des Statistiques, Jérusalem, 2009).

[8] La Histadrut (HaHistadrut HaKlalit shel HaOvdim BeEretz Yisrael) : « Assemblée générale des travailleurs de la terre d’Israël », est le principal syndicat des travailleurs israéliens, fondé en 1920. Il n’intègrera les travailleurs arabes qu’à partir de 1962.

[9] Entretien F.C, Tel Aviv, le 4 septembre 2011.

[10] Eretz Yoshveha s’oppose à l’approche territoriale classique de la gauche institutionnelle qui cherche à faire reconnaître un État palestinien dans les frontières de 1967, et propose un État unique "de la Méditerranée au Jourdain" dans lesquels tous les habitants auraient les mêmes droits. Ce qui distingue Eretz Yoshveya d’autres groupes militants pour un État binational tient essentiellement au fait qu’il ne prévoit pas le démantèlement des implantations ni le transfert des colons des Territoires occupés.

[11] Il est d’usage d’utiliser la dichotomie Ashkénazes / Sépharades pour décrire d’une part les Juifs originaires d’Europe centrale ou de l’Est et d’autre part les Juifs des pays orientaux. Or, historiquement, le terme sépharade renvoit à une réalité sociologique et géographique différente et désigne une branche du judaïsme liturgique espagnol et portugais. Par extension, on l’utilise généralement pour les Juifs originaires du Maghreb, puis pour tous les Juifs orientaux. Le terme correcte pour désigner ces derniers est mizrahim (« orientaux ») qui englobe des communautés juives du Moyen-Orient, du Caucase et des pays arabes, et définit donc une réalité bien plus large que le terme sépharade.

[12] « Il est très clair que la plupart des gens étaient contre ce genre d’interventions, ils disaient que c’était trop éloigné des revendications sociales portées par le mouvement » souligne l’un des militant qui assistait également à la scène (entretien Eitan Bronstein, Tel Aviv, le 1er octobre 2011).

[13] Entretien T.C, Tel Aviv, le 6 août 2011. Un rapport produit en 2011 conclut qu’on peut estimer le coût de l’occupation à 9 milliards de dollars par an, soit une moyenne de 1175 dollars par Israélien, cité dans Noam Sheifaz, « The profitable occupation, and why it is never discussed », +972 Magazine (27 juin 2012).

[14] Bien qu’elles soient rares, on trouve, à bonne distance de cette dernière, une tente occupée par d’anciens soldats druzes qui demandent une égalité de traitement dans les droits alloués aux anciens soldats de Tsahal (accès facilité à certaines catégories d’emploi et l’obtention de terrains supplémentaires pour construire de nouvelles habitations, par exemple).

[15] Un militant de Zochrot qui arborait un tee-shirt siglé « Remembering the Nakba » lors de la manifestation du 3 septembre à Tel Aviv m’expliquera avoir essuyé des commentaires analogues dans le cortège, un jeune homme qu’il lui demandait même ouvertement « Quel est le rapport entre la Nakba et le mouvement ? » en lui rappelant que le mouvement était apolitique et que « (…) ce n’est pas le moment d’arriver avec vos arguments de gauchistes sur le conflit (…) » [entretien Eitan Bronstein, Tel Aviv, 1er octobre 2011]. Hugo Domenach, dans son article dans Le Monde daté du 02 août 2011, fait un constat analogue en interrogeant une jeune israélienne qui lui explique que c’est parce que « "la contestation ne s’inscrit pas dans un clivage gauche-droite : il ne s’agit pas de guerre aux frontières, de la création d’un Etat palestinien, ni de la question des colonies" » qu’elle peut pleinement se retrouver dans ce mouvement.

[16] Ce sera notamment le cas de nombreux activistes de la gauche radicale. Noa Shaindlinger, l’une d’entre eux, résume bien leur position dans un article qu’elle publie dans le +972 Magazine (en ligne). Intitulé « The ’wrong’ protest : Why J14 propagates the political status quo », elle explique : « (...) Public housing, welfare and democracy are all worthy causes, but when they are demanded in the name of “all of us,” they mask existing power relations and illusions that they produce – namely, the absence of the Palestinians (whether citizens or subjects of Israeli military rule) from the equation. In the Galilee, for instance, J14’s demands for public housing means more land confiscation from Palestinian villages and towns. In the West Bank, the welfare of Jewish settlers and the sale of spacious villas and modern apartments are the result of an ongoing land grab from nearby Palestinian communities (...) When Tel Aviv residents marched through the city center, no one mentioned they were marching through what was once the orchards and fields of what was once the village of Sumayl (...) I have yet to hear Daphni Leef or Stav Shaffir acknowledge the impending demolitions in Susya (...)  ».

[17] L’éditorialiste du Haaretz Gideon Levy explique être « surpris chaque semaine par la vivacité et la pluralité du public qui compose ce mouvement  » (in Pierre Puchot, « Israël : oui, ce mouvement peut changer l’histoire », Médiapart, 07 septembre 2011).

[18] Dahlia Scheindlin, 01er août 2011, « The tent protest : neither social justice, nor revolution », +972 Magazine.

[19] Ami Kaufman, 29 juin 2012, « Why J14 movement should keep occupation off the agenda », +972 Magazine.

[20] Interviewé par Lia Tarachansky dans son reportage Israel’s J14 movement and the occupation (RealNews in the Middle East, 20 juin 2012). En ligne : http://www.youtube.com/watch?v=VWjI...

[21] C’est notamment le cas de Stav Shaffir en huitième position sur la liste présentée par Avoda (le parti travailliste).

[22] Zochrot est la forme féminine conjuguée du verbe « se souvenir  » (lizkor) en hébreu ; ce mot a été choisi délibérément par les fondateurs pour se démarquer de l’usage nationaliste et militariste classique de la mémoire généralement restituée sous forme masculine. L’organisation Zochrot considère que la reconnaissance de la Nakba palestinienne, occultée par l’historiographie israélienne, est une condition indispensable à la réconciliation entre Juifs et Palestiniens. Zochrot considère que si les Palestiniens sont les principales victimes de la Nakba, la population juive en Israël paie également le prix fort de la conquête du pays en 1948, en vivant constamment dans la peur et sans espoir réel de paix. Selon ces militants, cette reconnaissance des responsabilités israéliennes passe par une autre reconnaissance : celle du droit au retour des réfugiés palestiniens et ce n’est qu’en acceptant ce droit au retour que tous, Juifs comme Palestiniens, pourront vivre en paix et ensemble. Pour plus d’information, voir le site trilingue (hébreu, arabe et anglais) de Zochrot : http://zochrot.org/en

[23] Entretien avec Eitan Bronstein, Tel Aviv, le 03 août 2013.

[24] Interviewé par Lia Tarachansky dans son reportage Israel’s J14 movement and the occupation (RealNews in the Middle East, 20 juin 2012).

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