Raison publique n°13

1/ Martha Nussbaum : émotions privées, espace public - 2/ La Littérature pour la jeunesse : une école de vie ?


Date de parution : octobre 2010

Presses de l’Université Paris-Sorbonne
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434 p.
ISBN : 978-2-84050-714-7
Prix : 14 Euros

Numéro téléchargeable dans son intégralité, en cliquant ici.

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Martha Nussbaum : émotions privées, espace public

Dossier coordonné par Solange Chavel

Professeur à l’Université de Chicago, Martha Nussbaum est l’une des philosophes américaines les plus importantes de sa génération. Elle est l’auteur d’une œuvre de philosophie politique et morale dont l’ampleur et la portée sont tout à fait impressionnantes. Philosophie morale grecque, lien entre littérature et philosophie morale, rôle des émotions dans nos vies morales, formation de l’espace publique démocratique et discussion de la philosophie politique libérale : ce ne sont là que quelques-unes des domaines dans lesquels Martha Nussbaum a apporté une contribution à chaque fois décisive.
Ce travail, si abondamment discuté et commenté dans le monde, reste pourtant fort peu connu en France : à ce jour, d’une œuvre foisonnante, ne sont encore traduits en Français que deux articles et deux livres : Femmes et développement humain et, plus récemment, La Connaissance de l’amour. Ces deux ouvrages touchent assurément des points centraux de sa philosophie : Femmes et développement humain présente la théorie des « capabilités » par laquelle Martha Nussbaum propose une interprétation originale de la théorie politique libérale et montre sa fécondité sur la question des droits des femmes. La Connaissance de l’amour réunit un ensemble d’articles qui explorent la contribution de la littérature à la philosophie morale à travers des lectures de Proust, James, Beckett... À ce titre, il est heureux que le lecteur français puisse enfin y accéder. Pour autant, il importe de ne pas en rester là. Les thèmes qui méritent discussion sont en effet plus larges encore : la lecture croisée de la philosophie et de la tragédie grecques pour souligner la place du conflit et de la vulnérabilité dans les vies morales d’êtres humains soumis à la « fragilité de la bonté », selon la jolie expression qui fait le titre du recueil The Fragility of Goodness ; l’apport cognitif et évaluatif des émotions discuté dans Upheavals of Thought ; les zones inexplorées de la philosophie politique rawlsienne dans Frontiers of Justice ; ou encore le rôle joué par les humanités pour former nos espaces publics démocratiques (Poetic Justice, Cultivating Humanity).

Le dossier que nous présentons ici, issu d’un colloque organisé conjointement par l’Université de Picardie Jules Verne et l’École normale supérieure en juin 2009, entend ainsi prolonger les récents efforts de traduction et contribuer à faire mieux connaître cette œuvre remarquable. Présentation complète du dossier

Sommaire

Solange Chavel, Introduction

Martha Nussbaum : Égalité et amour à la fin du Mariage de Figaro : constituer les émotions démocratiques

Ruwen Ogien : Qui a besoin d’une ≪ éthique à visage humain ≫ ?

Marc Pavlopoulos : Des valeurs contextuelles ou universelles ?

Piergiorgio Donatelli : Martha Nussbaum, l’éthique et la forme de vie

Michela Marzano : Publicisation de l’espace privé et privatisation de l’espace public

Estelle Ferrarese : Emotions et politique chez Martha Nussbaum : la question du rapport a soi

Alice Crary : Ethique et littérature : Nussbaum contre Nussbaum

Gabrielle Radica : La jalousie est-elle une passion privée ?

Patrick Pharo : Fiertés et dégoûts dans l’éthique de première personne


Questions présentes

Philippe Chevallier : Michel Foucault et la question du droit

Sophie Guérard de Latour : Pluralisme et relations interethniques : le cas du racisme républicain

Nicolas Poirier : Division du social et auto-institution : le projet démocratique selon Castoriadis et Lefort

Sigfrido Ramírez Pérez : Europe néo-libérale ? Les limites d’une interprétation téléologique de l’intégration européenne


La littérature pour la jeunesse : une école de vie ?

Dossier coordonné par Sylvie Servoise

On a souvent reproché à la littérature pour la jeunesse du passé son caractère édifiant. De fait, elle fut d’abord et pour longtemps consciemment morale et éducative. On trouve déjà dans Les Aventures de Télémaque, écrites par Fénelon en 1694 à destination du petit-fils de Louis XIV et considérées comme le premier texte pour la jeunesse, cette alliance de l’instruction et du plaisir qui sera pour longtemps au cœur de la littérature destinée aux plus jeunes. Contre cette tendance moralisatrice de la littérature pour la jeunesse, plusieurs voix s’insurgèrent, et non des moindres. Ainsi, Baudelaire s’en prit-il violemment à Arnaud Berquin, écrivain et pédagogue prolifique, auteur notamment de L’Ami des enfans (1782-1783), dont il considérait les œuvres comme profondément pernicieuses, voire immorales : sous couvert de prétentions morales et éducatives et d’incitations à la vertu, elles répandaient, selon le poète, des images contraires à la réalité, propres à abuser le jeune lecteur.

Sans doute, les jeunes lecteurs d’aujourd’hui se voient proposer des œuvres qui n’ont plus grand-chose en commun avec les traités éducatifs du XVIIIème siècle. Mais il n’en demeure pas moins que l’on retrouve sous la plume d’observateurs de la production actuelle des dénonciations aussi virulentes que celles prononcées par Baudelaire. L’accent est alors moins mis sur les impostures d’une littérature pour la jeunesse qui s’afficherait comme morale que sur le conformisme d’une littérature de « bons sentiments » qui sacrifierait la qualité esthétique et littéraire sur l’autel de la « bien-pensance ».

Dès lors, plusieurs questions peuvent se poser, et qui sont à l’origine du choix du thème du présent dossier : doit-on souscrire à la conception d’une littérature pour la jeunesse qui serait, aujourd’hui encore, en priorité éducative et morale ? L’évolution de celle-ci ne consisterait-elle qu’en un adoucissement des moyens – la parole de l’adulte, et de l’écrivain, ne se fait plus autoritaire mais invitante, les temps ayant changé – pour une fin qui, elle, demeure inchangée ? Si la littérature pour la jeunesse est bien une « école de vie », quelles matières y sont enseignées, quels sont les enjeux de cet apprentissage ? Et si visée éducative il y a, on peut se demander quels sont véritablement les « risques » qu’elle fait courir à la littérature : est-il vraiment impensable de faire de la littérature avec de bons sentiments ? Présentation complète du dossier

Sommaire

Sylvie Servoise : Introduction

Laurent Bazin : L’école de la fiction : formation, formatage et déformation dans la littérature de jeunesse contemporaine

Gilles Béhotéguy : La célébration de la lecture dans le roman français contemporain pour la jeunesse

Stéphane Bonnery : Les mises en scène dans les albums enfantins des apprentissages dans la relation entre adultes et enfants : des évolutions significatives des modalités éducatives

Isabelle Charpentier : Portraits engagés d’adolescentes entre deux cultures. Conflits genrés, culturels et sociaux dans deux romans pour la jeunesse de Jeanne Benameur

Michèle Bacholle-Bošković : Des minorités plus visibles : réflexions d’auteurs jeunesse

Isabelle Casta : Le vampire et la jeune fille, ou comment grandir a l’ombre de Twilight…

Eric Auriacombe : Poudlard : une école contre la mort ?

Maud Gaultier : Récits argentins pour les enfants : lorsque les écrivains franchissent les tabous…

Edwige Chirouter : A quoi pense la littérature de jeunesse ? Philosopher avec les enfants grâce à la lecture de récits

En accès libre sur le site

En complément de ce dossier, ont été publiées sur le site de Raison publique, les contributions de :
- José Manuel Ruiz, "Théâtre et jeune public : la ruche québécoise" ;
- Giulia Pozzi, "De l’expérience narrative à l’expérience morale : quel rôle pour la littérature pour la jeunesse ?" ;
- Dominique Peyrache-Leborgne, "Les contes au miroir de l’illustration : La collection Grasset / M. Chat ou le défi d’un double public".

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