Figures et figurations du pouvoir politique

mardi 18 mai 2010, par Sylvie Servoise

Thèmes : Pouvoir

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Si la réflexion sur le pouvoir est au centre de la philosophie politique, elle constitue également un enjeu fort de la littérature et des arts : et le titre du présent dossier, qui met en avant les « figures et figurations » du pouvoir politique, ne saurait renvoyer à une quelconque opposition entre réflexion et mise en forme. Au contraire, la représentation du pouvoir politique – dans le roman, le théâtre, le cinéma, les arts plastiques – est inséparable d’un questionnement sur l’essence de ce pouvoir, ses modalités pratiques d’affirmation et les conséquences de son déploiement à l’échelle individuelle et collective. Pour reprendre Sartre et élargir son propos au discours tenu par les images, si représenter « c’est agir », puisque « toute chose que l’on nomme » – ou représente - « n’est déjà plus tout à fait la même » au sens où « elle a perdu son innocence [1] », alors cette force de dévoilement devrait atteindre son acmé quand l’objet saisi est le pouvoir politique.

Car qu’est-ce que ce pouvoir sinon précisément celui qui est à la fois invisible et omniprésent, nourrissant les fantasmes – ou les sinistres réalités – d’un pouvoir occulte et par ailleurs enclin à donner des représentations de lui-même ? De fait, le pouvoir politique est autant organisateur et régulateur de l’espace public (et, de manière plus ou moins forte selon sa nature, de l’espace privé) que metteur en scène de lui-même. Figurer le pouvoir politique, c’est alors tantôt ou à la fois dévoiler son mécanisme, s’introduire dans les coulisses, donner à voir le spectacle qu’il offre, mais aussi interroger le statut de tous ceux qui contribuent ou assistent au lever de rideau : acteurs (ou pantins), spectateurs (engagés ou non ; au parterre ou au paradis), scénaristes plus ou moins inspirés. Et sans doute ne serait-il pas absurde de réserver à l’artiste, pour filer la métaphore, le rôle d’éclairagiste, qui met en lumière, sous un angle particulier, ces divers espaces et individus.

Les articles qui suivent constituent le deuxième volet de ce qui a été envisagé comme un diptyque consacré aux « Figures et figurations du pouvoir politique ». Il se déploie sur deux supports : le site et la revue papier. Ainsi, les textes mis en ligne d’Hélène Jaccomard, Sandra Coulaud, Emmanuelle Glon, Natalia Leclerc, Alexandre Wong, Jérémy Mahut, Emilie Sitzia, Erika Thomas et Pierre-Simon Gutman complètent-ils ceux publiés dans le numéro 12 de Raison publique (mai 2010), en ouvrant notamment la réflexion à d’autres arts (le ballet, la peinture) et à d’autres époques (l’âge classique, baroque, le Premier Empire…).

- Hélène Jaccomard : « L’Aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza ou comment figurer le politique sans politique ? »
- Sandra Coulaud : « Les rois de Shakespeare : des rois sous contrôle ? »
- Emmanuelle Glon : « Le cinéma selon Goebbels : les films antisémites et l’imaginaire nazi »
- Natalia Leclerc : « Satire, fantastique et mythe dans Cœur de chien de Boulgakov : une vision décalée du pouvoir soviétique ? »
- Alexandre Wong : « “Vive le roi”, “Vive la République” : l’Etat moderne en spectacle »
- Jérémy Mahut : « Figuration du pouvoir politique dans le théâtre Verbatim »
- Emilie Sitzia : « Devenir un dieu : évolution politique des portraits de Napoléon »
- Erika Thomas : « Figurations du pouvoir militaire dans le cinéma brésilien »
- Pierre-Simon Gutman : « Portrait en creux de l’homme politique moderne. À propos de The Deal et The Queen de Stephen Frears »

par Sylvie Servoise

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Pour citer cet article :

Notes

[1] Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature ? (1948), Paris, Gallimard, « Folio essais », 2001, p. 27.

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